En pleine chaleur du mois de juin, l’hiver se prépare déjà. Sanofi s’attelle à la prochaine saison hivernale et à l’arrivée des traditionnelles maladies associées telles que la bronchiolite qui encombre les poumons des nourrissons et les urgences des hôpitaux.
Le laboratoire français a annoncé sa volonté d’accélérer les livraisons de son Beyfortus (nirsévimab). Cet anticorps monoclonal est positionné en traitement préventif du VRS, le virus respiratoire syncytial, responsable de la fameuse bronchiolite. Face à une demande croissante, Sanofi précise que les livraisons débuteront très prochainement « dès le début du troisième trimestre », indique le laboratoire, « pour assurer une large disponibilité bien avant la saison 2025-2026 » et alors que le VRS affecte généralement les nourrissons entre les mois de novembre et de mars.
Depuis le début de l’année, le laboratoire a déjà réussi à produire l’équivalent de la totalité des doses écoulées sur 2024, preuve de ses ambitions. Sanofi rappelle ainsi avoir réussi à « tripler sa capacité de production et à doubler le nombre de sites de production ».
Un ascendant de Sanofi sur le vaccin de Pfizer
Il faut dire que Beyfortus a confirmé ses promesses. Lancé en 2023, il a rapidement atteint le stade de blockbuster et ses ventes continuent de progresser. Sur le seul dernier trimestre 2024, l’anticorps a rapporté 841 M€ et a encore engrangé 284 M€ sur les trois premiers mois de l’année (en progression de 50 % d’une année à l’autre), grâce notamment à des autorisations glanées dans d’autres pays.
Il aura surtout réussi à faire mieux que son principal concurrent : l’Abrysvo de Pfizer. Contrairement au produit de Sanofi, administré à la naissance, le vaccin de Pfizer est injecté chez la femme enceinte, pour protéger l’enfant à naître. Abrysvo n’aura récolté que 755 millions de dollars en 2024 (contre 890 M$ un an auparavant). Selon Pfizer, le différentiel s’explique surtout par une baisse de la vaccination pour les personnes âgées de plus de 60 ans, pour lesquelles le vaccin est également autorisé. Pour protéger le nouveau-né, Abrysvo doit être administré sur une période de temps relativement réduite, au huitième mois de grossesse, positionnant aussi Beyfortus en solution de rattrapage, en cas de raté.
Malgré tout, Pfizer croit encore que le vaccin pourra se faire une place face au Beyfortus de Sanofi. « En France, sur un marché compétitif, Abrysvo a été administré à plus de 40 % des femmes enceintes éligibles, sur le seul dernier trimestre de 2024 », chiffrait Alexandre de Germay, vice-président exécutif et directeur commercial de Pfizer, à l’occasion des résultats annuels. La prochaine saison hivernale s’annonce d’autant plus décisive que Sanofi s’est donné un objectif ambitieux : augmenter le taux d’immunisation sur le sol américain.
Un troisième concurrent arrive avec MSD
Pour cela, il devra faire face à un troisième concurrent qui va débarquer sur le marché. Le laboratoire américain MSD (Merck and Co.) vient de décrocher à son tour une autorisation de la FDA pour son Enflonsia, un anticorps monoclonal préventif, soit la même approche que Sanofi pour son Beyfortus. MSD met en avant une dose unique, là où le produit de Sanofi dispose de deux dosages différents, en fonction du poids de l’enfant. Le Beyfortus présente cependant l’avantage de pouvoir être administré jusqu’à 24 mois alors que l’anticorps de MSD doit être administré avant ou pendant la première saison hivernale du nourrisson. L’anticorps de Sanofi pourra aussi compter sur le fait qu’il a été le premier arrivé sur le marché et qu’il accumule les données de vie réelle (incluant plus de 250 000 enfants traités), pour conserver une longueur d’avance.
Dans ces conditions favorables, Sanofi veut s’éviter des tensions d’approvisionnement qui mettraient à mal sa stratégie commerciale. En 2023, lors de sa mise sur le marché en France, la demande pour le Beyfortus avait dépassé l’offre initiale. Cette fois-ci, les ratés seront proscrits. « Nous avons méticuleusement préparé notre réseau de distribution mondial », souligne Thomas Triomphe, vice-président exécutif en charge des vaccins chez Sanofi.



