Bourget 2025 : Stratobus et Balman, ces projets de ballons gonflés à bloc par la nouvelle stratégie de l’armée

Le ministre des Armées, Sébastien Lecornu, a présenté la nouvelle stratégie de l’armée française au niveau de la très haute altitude, à l’occasion du salon de l’aéronautique et de l’espace organisé au Bourget du 16 au 22 juin. Les projets de ballons stratosphériques Stratobus et Balman vont bénéficier d’un soutien de l’Etat.

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Stratobus
Le dirigeable Stratobus reprend de la hauteur, à la faveur de la nouvelle stratégie de très haute altitude tout juste dévoilée par le ministère des Armées.

L’armée française avait raté le virage des drones, elle ne manquera celui de la très haute altitude (THA). C’est le message qu’a fait passer le ministre des Armées, Sébastien Lecornu, mardi 17 juin au deuxième jour du salon de l’aéronautique et de l’espace, organisé au Bourget (Seine-Saint-Denis) du 16 au 22 juin. Le ministre a dévoilé la stratégie militaire de la France dans cet espace compris entre 20 et 100 km d’altitude, de plus en plus convoité mais correspondant pourtant à une zone grise en matière de droits, et voué à «une militarisation accélérée». Elle va en particulier bénéficier à des projets de ballons stratosphériques lancés il y a plusieurs années mais jusque-là peu mis sur le devant de la scène. Et qui devraient ainsi passer du stade de la démonstration à celui de la production.

C’est le cas du dirigeable stratosphérique Stratobus, lancé en 2016 par Thales Alenia Space (société conjointe entre le français Thales et l’italien Leonardo), qui décroche un financement de 10 millions d’euros. «L’affaire du ballon chinois [qui avait survolé les Etats-Unis en 2023, ndlr] n’a pas surpris les spécialistes du secteur mais a réveillé les consciences, assure Yannick Combet, le chef du projet Stratobus. Cela a créé une dynamique au niveau du ministère des Armées et a généré un regain d’intérêt auprès d’un certain nombre d’acteurs.» Entre 2020 et 2022, le projet Stratobus a d’ailleurs connu un creux, après une phase de faisabilité qui avait permis de valider la possibilité de mettre au point un engin capable de rester des mois durant en vol quasi stationnaire.

Pour les ballons, le vent tourne

Mais le vent a depuis tourné pour cet engin, développé à Istres (Bouches-du-Rhône), de 140 mètres de long et capable de transporter de 250 à 450 kg de charge utile. En 2022, Stratobus participe au programme EuroHaps (Démonstration de systèmes de plateforme à haute altitude), porté par la Commission européenne et co-financé par le Fonds européen de défense (FED) et la DGA. L’équipe du dirigeable développera deux démonstrateurs à échelle 1/2 qui devront voler en 2026 et 2027 depuis les îles Canaries. Elle s’attèlera ensuite à la fabrication d’un prototype à échelle 1, qui devrait effectuer son premier vol à horizon de la fin de la décennie. «Cela marquera alors le lancement de la phase commerciale de l’appareil», précise Yannick Combet.

Comment expliquer le soutien désormais plus net encore des pouvoirs publics ? «Les plateformes évoluant dans la stratosphère sont bien plus proches du sol que ne le sont les satellites, ce qui permet d’obtenir des données aussi précises voire de meilleure qualité pour certains domaines», ajoute Yannick Combet. Autre avantage de taille : contrairement aux satellites, les ballons ne sont pas limités par un parcours en orbite et peuvent donc observer plus longuement, puisqu’ils demeurent au même endroit pendant plusieurs jours, voire des semaines ou des mois. Une permanence qui offre donc des capacités d’observation inédites.

Des atouts face aux satellites

Pour parvenir à réaliser de telles missions, le Stratobus possèdera un système énergétique autonome avec une capacité de production de l’ordre de 300kW (à partir de panneaux solaires souples), ainsi qu’une enveloppe résistante aux surpressions, une avionique fiabilisée et un système propulsif de pointe. «L’engouement pour notre appareil est tel que nous entrevoyons la possibilité d’une saturation rapide de notre ligne d’assemblage», assure Yannick Combet. A terme, le site d’Istres de Thales Alenia Space pourrait comporter deux lignes d’assemblage, soit une capacité de livraisons de 40 exemplaires par an. «Nous comptons aussi établir des sites répartis dans différentes régions du monde en accord avec les besoins et ce sur tous les continents», poursuit l’expert.

Un autre projet de ballon va également profiter du regain d’intérêt de l’armée française pour ce type d’engin, bien visible sur le statique du salon : Balman, développé par l’entreprise Héméria qui décroche pour sa part 5 millions d’euros. Créée en 2019 et issue d’une partie de Nexeya, la société a fait l’acquisition de la CNIM Air Space (ex Zodiac Marine) en 2022. «C’est l’acquisition de l’activité de la CNIM Air Space qui nous a permis de nous investir dans l’activité des ballons stratosphériques manœuvrant, détaille Nicolas Multan, le directeur général d’Héméria. Jusque-là, nous développions des ballons stratosphériques dérivants, pour le CNES, pour les mesures scientifiques.» La société va développer trois démonstrateurs d’ici deux ans, et prévoit un vol de qualification en fin d’année en Guyane.

Le Balman d’Héméria pourra évoluer à une altitude comprise entre 16 et 25 km. «Un système pour gérer l’altitude du ballon, basé sur un compresseur et des propulseurs, permet de le faire monter et descendre», glisse Nicolas Multan. Et le dirigeant d’assurer que l’engin – qui pourra rester des mois durant au niveau d’une position quasi stable malgré les vents – offrira des résolutions d’image similaires aux meilleurs satellites militaires en orbite basse. Et ce grâce à une avionique ad hoc et des batteries alimentées par des panneaux solaires. «Le Balman intégrera des capteurs pour la captation d’images, dans les longueurs d’ondes visibles et invisibles», affirme le dirigeant. Date de commercialisation prévue : entre 2026 et 2027.

Les technologies d'interception aussi prises en compte

Aux côtés de ces deux projets de ballons, le ministère des Armées a également annoncé son intention de soutenir le projet Zephyr. Il s’agit d’un drone solaire à très longue autonomie porté par une petite division du géant Airbus, Aalto : elle récolte de son côté 2,3 millions d’euros. Si le ministère des Armées fait avec ces trois projets l’éloge de la lenteur, il n’en oublie pas pour autant dans sa stratégie de très haute altitude la nécessité d’investir dans les technologies plus véloces de détection et d’interception. Raison pour laquelle des fonds ont été attribués au programme Nostradamus, un radar expérimental développé par le centre français de recherche aérospatiale (Onera). Par ailleurs, des expérimentations d’interception de ballons-cibles avec des missiles Aster B1 NT vont être bientôt menées avec des Rafale et des Mirage 2000.

Comparant la très haute altitude au newspace, Sébastien Lecornu a voulu faire comprendre qu’il fallait agir vite. «Personne ne parlait véritablement de très haute altitude au Salon du Bourget il y a deux ans, a souligné le ministre des Armées. Si, les chercheurs, les experts, les gens de métier, les scientifiques en parlaient. Mais sur une application militarisée, avec des délais de temps aussi courts, pour le coup, personne n’en avait parlé il y a deux ans. Donc il faut déjà se projeter sur le Bourget de dans deux ans. Il n'est pas question de revivre ce que nous avons vécu avec les drones.» Reste à espérer que cette stratégie ne fasse pas pschitt, les sommes engagées dans les projets soutenus restant modestes.

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