Analyse

Bourget 2025 : La France en pleine course pour faire revenir ses drones militaires sur la scène mondiale

Au Bourget, les nouveaux modèles s'enchainent chez les dronistes français stimulés par l’urgence de la guerre en Ukraine. Face au retard reconnu par l'État dans le secteur, le ministère des Armées varie les stratégies d'achat et encourage les industriels à innover sur fonds propres. 

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Capa X
Décollage vertical, radar... Avec le CAPA-X, Survey Copter souhaite étendre la polyvalence de sa gamme de drones.

Plus grands, plus endurants, plus polyvalents… Au salon du Bourget, les annonces de nouveaux modèles de drones français s’enchainent. Qu’ils fassent quelques centaines de grammes ou plusieurs tonnes, l’objectif des acteurs de la filière est toujours le même : aller vite sur un marché qui évolue à une vitesse folle depuis le début de la guerre en Ukraine.

Pointé dès 2017 par un rapport du sénat, le retard français en la matière est reconnu comme «significatif» par l’État qui souhaite rectifier le tir sans tarder. «[Nous voulons] faire en sorte qu'en 2029-2030, nous ayons, non pas rattrapé le retard, mais fait un saut technologique d'une génération pour […] être capable de conquérir un certain nombre de marchés», résumait en début d’année Sébastien Lecornu, le ministre des Armées. 

Surveillance, observation et désormais munitions téléopérées (MTO), les armées françaises peuvent aujourd’hui compter sur plusieurs milliers de drones en commande ou en service. Reste à choisir les bons modèles au bon moment pour faire face à la menace et permettre des débouchés aux entreprises qui innovent en fonds propres. «Les drones sont comme les smartphones : vous ne les achetez pas trois ans à l'avance, vous prenez celui qui est disponible et qui correspond à vos besoins, explique Claude Chenuil, en charge du groupe de travail drones au GICAT lors d’une conférence au Bourget. La Direction générale de l’armement (DGA) sait gérer les grands programmes sur cinq ou dix ans […] et il y a eu un manque de créativité chez les grands groupes de défense qui ont l'habitude de répondre à ses commandes.»

«Une feuille de route simple»

Pour ne plus perdre de temps, le ministère des Armées varie les façons d’acheter des drones. Plus question de lourds cahiers des charges, les industriels sont invités à proposer leurs modèles. C’est le cas pour le système de drone tactique léger (SDTL) qui doit aider les soldats et les marins français à observer de vastes zones. «La feuille de route est très simple, avec cinq critères, indique Christophe Canguilhem, dirigeant de Survey Copter, filiale d’Airbus Defence & Space qui candidate avec son CAPA-X. Tous les dronistes qui savent y répondre voient leur système évalué.» Même état d'esprit pour les drones de combat moyenne altitude à longue endurance (MALE) plus massifs. Mardi 17 juin, la DGA a validé 10 millions d’euros de subvention à cinq constructeurs pour pouvoir acheter un modèle opérationnel dès 2027.

A l’image du rythme effréné du secteur, Survey Copter et la PME toulousaine Delair viennent chacun d’étoffer leur gamme avec un modèle d’une centaine de kilos. «Avant on faisait des drones de niche pour répondre à un besoin du client, décrit Christophe Canguilhem pour expliquer ce choix. Maintenant, il faut être modulaire et répondre à des besoins en l’air, sur terre, sur mer et potentiellement dans le civil.» Ainsi le CAPA-X et ses 10 kilos de charge utile doivent permettre plus de polyvalence que l’Aliaca, son petit frère en service dans la Marine nationale. Chez Delair, le DT61 utilise des briques technologiques d’autres drones plus petits de la famille, dont certains sont utilisés au combat en Ukraine. «Il y avait une place à prendre sur le marché européen, indique Bastien Mancini, président de Delair. Notre stratégie, c'est d'avoir une gamme complète avec les mêmes autopilotes, ordinateurs de bord ou stations au sol.» 

Suivre des rythmes d'innovation courts

Plusieurs innovations sont en train de s’imposer sur le marché, comme la capacité de décoller ou d’atterrir à la verticale (VTOL) que propose le CAPA-X. Le gain en taille permet aussi d’embarquer des radars ou de l’armement plus puissant. «La taille des batteries est encore assez élevée, complète Christophe Canguilhem. Le CAPA-X embarque 25 kilos de batterie, c'est énorme. Si elles deviennent plus petites et moins lourdes, l’autonomie et la capacité d’emport augmenteront.» Contre les progrès du brouillage qui peut rendre les drones inutilisables, Delair mise lui sur des solutions continuellement actualisées et mises au point en interne pour permettre à ses modèles de continuer à voler sans GPS. Demain d’autres pistes promettent, elles aussi, des performances en hausse comme le moteur à hydrogène ou les essaims pour lesquels le toulousain fait travailler son bureau d'études.

Pour leurs modèles développés sur fonds propres, reste aux dronistes à être patients en attendant les commandes. Survey Copter a d’ores et déjà investi dans un nouveau bâtiment à Pierrelatte (Drôme) pour produire le CAPA-X qu’il espère vendre à la Marine nationale. De son côté Delair assure la moitié de son chiffre d'affaires à l'export et mise sur le marché civil appelé à s’étendre. En attendant que la DGA annonce de potentielles commandes massives, Claude Chenuil l’assure, «il faut que la France achète plus souvent des drones quitte à les renouveler plus fréquemment». Pour cet ingénieur général de l'armement, la course contre-la-montre engagée par la France a un prix : 250 millions d’euros par an rien que pour acquérir des MTO et des modèles de moins de 150 kilos.

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