Si le grand public va se presser en masse à compter de ce vendredi 20 juin pour admirer les démonstrations en vol du Paris Air Show, ces spectacles aériens sont loin d’être improvisés. Chaque appareil présent dans le ciel du Bourget est le fruit d’une sélection minutieuse opérée par les organisateurs du salon, en coordination avec les industriels, les États participants et la Direction générale de l’aviation civile (DGAC).
Pour figurer au programme, les aéronefs doivent présenter un intérêt technologique, commercial ou symbolique. Nouveaux avions de chasse, avions à propulsion alternative, appareils emblématiques ou rares… Le choix vise autant à valoriser l’excellence aéronautique qu’à répondre à des logiques d’influence et de visibilité internationale.
Des pilotes triés sur le volet
Ces démonstrations sont encadrées par une réglementation stricte. Seuls des pilotes hautement qualifiés, disposant d’un volume d’heures de vol conséquent (souvent plus de 1500 heures sur jet), peuvent être autorisés à se produire. La sélection passe par l’État-major (pour les pilotes militaires) ou par les constructeurs eux-mêmes dans le cas d’essais industriels.
Les démonstrations sont préparées à l’avance, répétées en vol, et soumises à validation de la DGAC. Le plan de vol est encadré au mètre près, avec des altitudes, trajectoires et durées réglementées. Objectif : sécurité maximale pour les pilotes comme pour les spectateurs.
Un timing millimétré
Le programme des vols est lui aussi réglé au cordeau. En moyenne, une centaine de démonstrations ont lieu durant les journées professionnelles, avec environ une à deux apparitions quotidiennes par appareil. Le Rafale, star française du salon, est par exemple prévu chaque jour. Le F-35, l’Eurofighter ou l’A400M figurent également parmi les stars du meeting aérien.
C’est aussi l’occasion de présenter des avions encore très rares. C’est le cas cette année pour l’Airbus A350-1000. Ou même inédits, comme le démonstrateur Racer d'Airbus, jamais vu en vol en public. C’est aussi une opportunité unique pour les nouveaux avions électriques : Aura Aéro a par exemple réussi à voler trois fois depuis le début du salon. Un vol minutieusement préparé. Pour décoller et atterrir, les aéronefs utilisent une des pistes de l’aéroport du Bourget, généralement réservée aux jets d’affaires.
Chaque vol dure en général entre 8 et 12 minutes. Le spectacle est condensé mais calibré pour montrer un maximum de capacités techniques : virages serrés, montées verticales, vols à haute incidence, démonstrations de maniabilité ou de décollage court.
Au-delà du show, ces vols sont une arme commerciale redoutable. Pour les industriels, c’est l’occasion de séduire les délégations étrangères, de démontrer la fiabilité de leurs plateformes, voire de décrocher des commandes. Mais l’exercice est aussi éminemment diplomatique : en 2025, la présentation du F-35 est très observée, alors que la guerre en Ukraine a ravivé les tensions géopolitiques et les logiques de réarmement. Et si les avions qui volent en disent long, ceux qui ne volent pas parlent tout autant. L’absence remarquée du C919 du chinois Comac ou d’appareils russes rappelle que le ciel du Bourget est aussi le reflet des rapports de force du moment.



