Connectivité, automation, numérisation, environnement : Jean-Pascal Bobst ne cesse de le répéter, l’avenir de l’impression et du façonnage d’emballages passe par là. Déjà en juin 2020, en pleine crise du Covid, le patron du groupe suisse, s’était fixé comme objectif de bâtir l’avenir de son entreprise sur ces quatre piliers et d’adapter ses machines pour l’impression et le façonnage de carton plat et ondulé et les matériaux souples en conséquence.
Deux ans après, il persiste est signe, persuadé – comme il l’a annoncé durant une conférence de presse à Mex (Suisse), au siège du groupe, le 8 juin – que « les récentes crises, économiques, politiques et sanitaires lui donnent raison ». Le groupe qu’il préside se porte bien. Le chiffre d’affaires est remonté de près de 200 millions, de 1,3 à 1,5 milliard de francs suisses entre 2020 et 2021 et le carnet de commandes est plein. « Nous ferons probablement encore mieux en 2022, car la demande est très forte, dans tous les métiers où nous sommes présents et dans toutes les régions du monde. La guerre en Ukraine ne nous a impactés qu’à hauteur de 50 millions d’euros », assure-t-il. De quoi aborder l’avenir avec sérénité.
IoT des machines
Si la révolution numérique a déjà commencé depuis un moment chez Bobst, ne serait-ce qu’avec les presses pour étiquettes Mouvent, les outillages connectés Toolink ou encore les interfaces de commande de ses plieuses-colleuses et le contrôle de qualité, les prochaines semaines seront aussi celles où Bobst Connect, la nouvelle plate-forme connectée du groupe, montera en puissance après un lancement le 22 juin. L'objectif consiste à numériser autant que possible les machines, pour recueillir un maximum de data sur la production et à l’exploiter à des fins d’analyse et d’amélioration. L’architecture répond au modèle d'Internet des objets (IoT) : à chaque machine correspond un objet. Les données sont consultables à distance, via le Cloud. Pour les transformateurs d’emballages, habitués, il est vrai, à des procédés encore traditionnels, le changement est radical. Mais, comme le rappelle Léonard Badet, chef de la recherche et développement (R&D) pour le groupe, cet outil « permettra de mieux gérer la main-d’œuvre sur un marché où le recrutement devient toujours plus compliqué et offrira aux industriels la possibilité d’automatiser encore davantage les process et d’augmenter la productivité de leurs actifs ».
Concrètement, Bobst Connect permettra aux fabricants d’emballages et d’étiquettes d’accéder à tous les indicateurs clés de performance des installations de la cadence, à la quantité produite au fameux taux de rendement global (Overall Equipment Effectiveness, OEE en anglais) en passant par le nombre de pannes, leur durée, leur nature, la gâche produite, les consommations d’encres… Certains constructeurs proposent déjà ces services. Bobst se propose d’aller plus loin en répondant aux besoins qui ne sont pas encore satisfaits. Et le constructeur cite l’un de ses clients français, Autajon, dans sa présentation : « Nous sommes en mesure de calculer l’OEE, mais nous serions vraiment intéressés de connaître avec plus de détails les déchets que nous produisons. Nous ne sommes pas capables d’y arriver tout seuls ». Avec Bobst Connect, les données en provenance des machines – y compris les déchets produits – sont analysées en temps réel, retravaillées et synthétisées sous forme de tableaux, les fameux « dashboards », personnalisables en fonction des exigences de chacun, l’objectif étant, in fine, de se focaliser sur les dysfonctionnements pour les éliminer. « À partir de juillet, toutes les machines qui sortiront de nos ateliers pourront être connectées », indique Léonard Badet.
Outil expert, mais ouvert
Les questions liées à la sécurité des données et aux cyberattaques ? Le constructeur s’en remet à la capacité de Microsoft qui gère, en tant que prestataire, les liaisons et les serveurs. « Nous n’allons pas réinventer la poudre, les essais que nous avons menés jusque-là sont concluants, notre outil est sûr et respectera la confidentialité requise », balaie Léonard Badet. Une deuxième étape consistera à utiliser cette plate-forme pour préparer en amont le travail sur les machines, gérer les outillages et les questions de maintenance. En l’occurrence, Bobst a choisi un outil ouvert, capable de s’interfacer avec les autres logiciels et les machines utilisées sur le marché à l’image des solutions de PAO comme Esko et Illustrator. À terme, selon la vision de Jean-Pascal Bobst, l’ensemble du process de fabrication et d’impression d’un emballage sera numérisé et supervisé à partir de Bobst Connect qui fonctionnera dans le cadre d’un écosystème complexe, mais parfaitement communicant. Le constructeur y voit plusieurs avantages clés pour ses clients transformateurs : tout d’abord une plus grande réactivité, mais aussi des productions « zéro défaut », davantage d’agilité et la possibilité de mieux répondre aux mutations du marché, représentées, par exemple, par l’e-commerce.
En parallèle, Bobst veut impliquer l’amont de la chaîne graphique, c’est-à-dire les marques et les designers, et l’aval, du conditionneur au consommateur final en passant par le distributeur. Ainsi, tout le monde devrait pouvoir bénéficier d’une plus grande « connectivité », la marque, par exemple, pourra compter sur un « time to market » plus rapide, évitant les multiples allers-retours, et coordonner le travail des imprimeurs situés partout dans le monde quand le distributeur – ou l’e-commerçant – pourra suivre ses colis grâce aux QR codes qui seront imprimés à sa demande sur les emballages. Cette « vision » passe aussi par la mise au point d’un PDF unique qui contiendra les informations graphiques, en clair le visuel, et les inscriptions qui apparaissent sur l’emballage, comme c’est déjà le cas actuellement, mais aussi les données qui permettront de piloter les postes d’impression ou les têtes jet d’encre, au picolitre près, jusqu’aux outils de découpe et de façonnage, en passant, bien sûr, par l’ennoblissement. « Nous y arriverons, mais cela prendra encore cinq ou sept ans », croit savoir Jean-Pascal Bobst. Des usines automatisées, équipées de machines connectées, travaillant à partir de fichiers combinant les visuels, les informations et les data pour la production : dans l’impression, la révolution a déjà commencé pour Bobst !



