Reportage

BBGR augmente de 30% ses capacités en Seine-et-Marne face à la croissance des verres optiques Nikon en France

Spécialiste des verres optiques depuis plus de 170 ans et filiale d’EssilorLuxottica, BBGR muscle de 30% à partir d’avril les capacités de son site de Provins, en Seine-et-Marne. Après 4,6 millions d’euros investis en trois ans dans l’usine, le fabricant augmentera ses effectifs pour suivre la croissance de la demande en verres optiques de Nikon, qu’il produit pour la France depuis 2016.

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Usine BBGR NIKON
Filiale d'EssiloLuxottica, le spécialiste des verres optiques BBGR produit dans son usine de Provins, en Seine-et-Marne, des verres pour le compte du japonais Nikon depuis 2016.

Par paire, des palets en plastique thermodurcissable ou en polycarbonate, qu’on nomme semi-finis, entament un parcours d’une dizaine d’heures pour être transformés en verres optiques. Positionnés dans de petits bacs, acheminés par convoyeur, ils passent par différentes machines puis différentes mains à travers des étapes de surfaçage, de polissage, de vernissage, puis éventuellement de colorimétrie, de traitement anti-reflets voire même de taillage selon la prescription requise.

«Chaque verre nécessite le savoir-faire de 30 personnes et suit entre 30 et 50 étapes de fabrication», souligne Jean-Michel Martin, le directeur du site de BBGR, filiale du géant EssilorLuxottica, à Provins (Seine-et-Marne).  Sur 15 000 m2 de surface productive (40 000 m2 pour l’ensemble du site), des milliers de verres correcteurs sont produits chaque jour dans cette usine de 235 salariés mise en service en 1870 et qui est l’une des plus anciennes et des plus grandes d’Europe.

En trois ans, 4,6 millions d’euros ont été investis pour préparer un plan d’accroissement de 30% des capacités à partir d’avril 2024. Jean-Michel Martin décrit un projet centré sur «l’optimisation de l’utilisation des lignes existantes» avec la volonté de mieux «saturer les équipements en place plutôt que d’en ajouter» et de s’appuyer sur la hausse des effectifs pour une production désormais en continu du «dimanche à 20 heures jusqu’au samedi 16h». Ce qui mènera à l’embauche de 21 salariés cette année. Objectif : répondre à la forte demande de verres Nikon, que BBGR produit à Provins depuis 2016.

Usine BBGR NIKONSITTLER Come
Usine BBGR NIKON Usine BBGR NIKON (SITTLER Come/SITTLER Come)

Dans leurs petits bacs, par paire, les semi-finis, transitent par différentes machines, acheminés par des convoyeurs pour devenir des verres optiques dans l'usine de BBGR à Provins. Les premières étapes, comme le surfaçage et le polissage, sont largement automatisées. (Crédit photo: Côme Sittler).

Des verres optiques Nikon "made in France" depuis 2016

C’est ici que le groupe japonais fait produire ses verres optiques pour le marché français depuis 8 ans. Plus connu pour ses appareils photos, Nikon, après des débuts dès 1917 dans l’optique militaire (jumelles, dispositifs de visée…), a pourtant démarré la production de verres optiques pour les particuliers en 1946, soit un an avant de se lancer dans la photo. Profitant d’un vaste centre de R&D au Japon intégrant l’ensemble de ses technologies, Nikon s’est appuyé sur ses compétences dans la conception «d’objectifs plus légers et le moins encombrant possible» pour ses verres optiques «réputés ultra-plats et ultra-fins», assure Marie Sauvage, directrice marketing de BBGR. Dans le cadre d’une coentreprise à parts égales avec EssilorLuxottica, Nikon s’est lancé en direct sur le marché français en faisant produire par BBGR. Avec un véritable succès puisque les volumes fabriqués ont été multipliés par 15 depuis 2016. Rien que pour l’année 2023, la croissance affiche +22%, le double de celle des verres de la marque BBGR qui se pose comme le «leader en France en volume» des verres optiques, précise Guy Sasson, le président de BBGR.

Usine BBGR NIKONSITTLER Come
Usine BBGR NIKON Usine BBGR NIKON (SITTLER Come/SITTLER Come)
Usine BBGR NIKONSITTLER Come
Usine BBGR NIKON Usine BBGR NIKON (SITTLER Come/SITTLER Come)

Après surfaçage, polissage et nettoyage, les verres optiques dans l'usine de BBGR filent au vernissage, positionnés manuellement au préalable sur des paniers spécifiques. (Crédit photo: Côme Sittler)

Calcul et conception des verres optiques au Japon, fabrication en France

Les verres Nikon sont produits sur les mêmes lignes, passent par les mêmes machines, font appel aux mêmes compétences des salariés du site de Provins, capable de gérer plus de 5 milliards de combinaisons. Dans les magasins, environ 10 000 semi-finis sont en stock. Produits majoritairement par la seconde usine de BBGR, implantée à Sézanne dans la Marne depuis 1846, ces palets ont une face avant déjà usinée. C’est la face arrière qui est intégralement modifiée à Provins. Au moment de la prise en compte de la prescription et de la commande, les verres pour Nikon bénéficient alors d’un circuit un peu particulier. Marie Sauvage explique que «la qualité du calcul du verre est effectué par le super-calculateur Nikon Optical Design Engine (NODE) basé à Tokyo. Chaque fichier de commande est expédié au Japon, où est calculée la carte du verre d’une précision à l’échelle du submicron, et nous revient en quelques minutes. C’est une double culture : calcul et conception à Tokyo, fabrication à Provins».

Usine BBGR NIKONSITTLER Come
Usine BBGR NIKON Usine BBGR NIKON (SITTLER Come/SITTLER Come)

En fonction des prescriptions, certains verres passent par l'atelier de colorimétrie, avec des étapes de trempage très délicates et précises dans différents bacs, sous la haute supervision d'opératrices très spécialisées. La colorimétrie est une affaire de femmes, l'oeil féminin étant doté de capacités physiologiques supérieures dans ce domaine. (Crédit photo: Côme Sittler).

Les semi-finis pour Nikon rejoignent alors les convoyeurs avec leurs homologues BBGR. Comme pour les autres usines de verres optiques, la production se fait sur mesure, par unité. A Provins, les étapes de surfaçage et de polissage sont largement automatisées. Chaque semi-fini dispose de son propre programme de fabrication, indiqué par des systèmes de code-barres interprétés par les machines qui s’adaptent systématiquement. Après une première étape pendant laquelle un «bloqueur est fixé par un point de colle sur la face avant de chaque palet pour positionner l’axe du verre à traiter», les semi-finis passent par au «surfaçage digital effectué par une pointe en diamant», détaille Stéphane Gasnier, responsable des nouveaux produits.  Ainsi formés, les verres transitent ensuite par le polissage pour supprimer toutes les micro-rayures, puis par des étapes de nettoyage. Au final, à part les instructions en amont, rien ne distingue vraiment à l’œil nu les verres Nikon ou BBGR en sortie d’usine.

Usine BBGR NIKONSITTLER Come
Usine BBGR NIKON Usine BBGR NIKON (SITTLER Come/SITTLER Come)

Pour les traitements anti-reflets, les verres sont positionnés à la main sur des segments avant d'être placés dans des cuves hermétiques pour des étapes de vaporisation sous vide et de déposition par couches nanométriques. (Crédit photo: Côme Sittler)

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