« Personne n'a gagné », a résumé le ministre des Comptes publics Gabriel Attal, à l'annonce des résultats du second tour des élections législatives dimanche 19 juin. Mis à part le Rassemblement national, qui réalise une percée historique en décrochant 89 sièges à l'Assemblée, la plupart des partis doivent accuser le coup après des performances bien moins bonnes qu'escomptées. Selon les résultats publiés par le ministère de l'Intérieur, la coalition présidentielle Ensemble ! a obtenu 245 députés, l'alliance de gauche Nupes 131, Les Républicains et l'UDI 64 et les autres partis 48.
Le président Emmanuel Macron ne disposera donc que d'une majorité relative dans l'hémicycle, et devra ainsi négocier en permanence pour faire voter les réformes de son programme. Une culture du compromis à laquelle le chef d'Etat n'avait pas été habitué et qui pourrait se solder par un rapprochement avec Les Républicains, même si le président du parti Christian Jacob a d'ores et déjà assuré que ces députés resteraient « dans l'opposition ». Face à ce revers, le calendrier de l'Elysée devra probablement être revu. Les gros dossiers du quinquennat, tels que la réforme des retraites, risquant de devenir encore plus complexes qu'ils ne l'étaient déjà.
Un écologisme questionné
L'une des priorités des prochains jours consistera à préparer l'inévitable remaniement du gouvernement. Le président de l'Assemblée nationale Richard Ferrand ou l'ancien ministre de l'Intérieur Christophe Castaner ne sont en effet pas les seuls piliers de la Macronie à avoir été évincés : trois ministres fraichement nommées ont également été battues. La défaite la plus grave concerne la nouvelle ministre de la Transition écologique et de la Cohésion des territoires, Amélie de Montchalin. Dans la 6e circonscription de l’Essonne, où elle était députée depuis 2017, elle n'a remporté que 46,3% des voix face au candidat Nupes Jérôme Guedj.
Ancien soutien d'Alain Juppé, cette fidèle de LREM avait d'abord été nommée secrétaire d’Etat chargée des affaires européennes en mars 2019, avant de devenir ministre de la Transformation et de la Fonction publiques en juillet 2020. Lorsque la Première ministre Elisabeth Borne l'a choisie pour donner corps à la planification écologique du gouvernement, en tandem avec la ministre de la Transition énergétique Agnès Pannier-Runacher, l'opposition a grincé des dents. Certains ont remis en question sa fibre environnementale, rappelant qu'elle avait notamment voté contre l’interdiction du glyphosate ou contre la suppression de l’avantage fiscal pour l’importation d’huile de palme lors de son mandat parlementaire.
Une défaite sur le fil
Brigitte Bourguignon, l'actuelle ministre de la Santé et de la Prévention, devra elle aussi laisser sa place. Députée de la 6e circonscription du Pas-de-Calais depuis 2012, d'abord pour le PS puis sous l'étiquette LREM en 2017, l'ex-ministre chargée de l'Autonomie n'est cette fois pas parvenue à conserver son siège. Il s'en est pourtant fallu de peu : elle n'avait que 56 voix d'écart avec son adversaire du Rassemblement national, Christine Engrand (49,94% contre 50,06%). Lui trouver un remplaçant sera on ne peut plus urgent, alors que les contaminations au Covid-19 repartent à la hausse et que le secteur pharmaceutique est confronté à des défis industriels majeurs.
La députée sortante de la 2e circonscription de Guadeloupe, Justine Benin, a elle aussi été battue et devra ainsi quitter son poste de secrétaire d'Etat à la Mer. Apparentée au groupe MoDem, elle a obtenu 41,35 % des voix contre 58,65 % pour Christian Baptiste, le candidat divers gauche soutenu par la Nupes. En juin 2019, elle avait été nommée rapporteure de la commission d'enquête parlementaire sur la pollution au chlordécone en Guadeloupe et en Martinique.



