[Bâtiment durable] Les gaziers grands perdants de la réglementation environnementale RE 2020

La nouvelle réglementation environnementale pour la construction neuve, la RE 2020, sonne la disparition progressive des logements neufs chauffés au gaz. Elle favorise en revanche le bâti bois et les matériaux biosourcés.

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Construction d'une maison en béton et en toiture bois
Pour réduire les émissions de gaz à effet de serre du secteur du bâtiment, la nouvelle réglementation énergie pour les constructions neuves RE 2020 exclut le chauffage au gaz et pousse les matériaux biosourcés.

Les gaziers se seront battus jusqu’au bout pour faire valoir les avantages du chauffage au gaz pour les logements. Mais leur argument selon lequel si on passe au tout électrique pour le chauffage, cela amplifiera les pointes des consommations électriques qui sont assurées par des moyens de production émetteurs de CO2, comme le charbon et… le gaz, n’a pas été entendu.

La nouvelle réglementation énergétique pour les constructions neuves, le RE 2020, "va exclure progressivement le chauffage au gaz des logements neufs", a prévenu Barbara Pompili, la ministre de la Transition écologique.

Un seuil d'émission de CO2/m²/an dissuasif

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Pour les maisons individuelles, ce sera immédiat. Dès 2021, la RE 2020 fixe un seuil de 4kg de CO2 par mètre carré et par an les émissions équivalent CO2 (kgCO2/m²/an) d’un logement neuf. Un seuil impossible à respecter avec un chauffage au gaz, même très performant, sauf peut-être avec les nouvelles pompes à chaleur hybrides électricité-gaz. L'idée étant de promouvoir aussi le chauffage bois.

Pour l’habitat collectif, où le chauffage au gaz est aujourd’hui retenu dans 75 % des nouveaux projets, la mesure sera plus progressive. Car il faut "plus de temps pour trouver des alternatives au gaz", reconnaît Barbara Pompili, et développer les réseaux de chaleur urbains ou des pompes à chaleur de grande puissance. Le seuil sera donc de 14 kgCO2/m²/an en 2021 puis passera à 6 kgCO2/m²/an en 2024.

Un seuil de consommation d'électricité non renouvelable

Pour autant, consciente du risque d’un grand retour du chauffage électrique de type grille-pain, très consommateur en électricité et pesant lourd sur la facture des habitants, la ministre de la Transition écologique propose une parade. La RE 2020 va fixer un autre seuil, de consommation d’électricité non renouvelable celui-ci. Mais à ce stade, il n’est pas défini.

En revanche, concernant le biométhane, la ministre a été claire. Si le projet de GRDF Méthaneuf - en test à Nantes (Loire Atlantique) et qui vise à lier une installation de méthanisation à un nouveau projet logements collectifs - est étudié de près par les services de l’État, elle préfère que le biogaz vienne remplace le gaz fossile dans les logements existants. L’avenir de Methaneuf sera-t-il donc plutôt à chercher du côté de la rénovation de logements collectifs ?

La priorité à la conception et l'isolation native

Quant au fameux coefficient d’énergie primaire, utilisé pour les calculs de performance énergétique et fixé à 2,3 dans la RE 2020, ce ne serait finalement vraiment pas le point le plus important de cette RE 2020, selon Barbara Pompili. A ses yeux, ce sont la conception des bâtiments, leur enveloppe, qui compteront le plus afin de réduire la consommation des logements en énergie, pour le chauffage comme pour le froid. Par rapport aux exigences du règlement thermique précédent - la RT2012 que la RE 2020 va remplacer à partir de l’été 2021 -, le seuil maximal pour le besoin bioclimatique des logements - ou Bbio - sera abaissé de 30 %. Les logements de demain devront donc être mieux conçus et mieux isolés.

"La facture d’électricité d’une maison neuve typique avec une pompe à chaleur sera de l’ordre de 200 euros par an, soit moins de 17 euros par mois", avance la ministre de la Transition écologique. Mais le but n’est pas de réduire la facture des habitants, comme dans la RT 2012. Avec cette nouvelle réglementation, le gouvernement s’est fixé trois objectifs : donner la priorité à la sobriété énergétique et à la décarbonation de l’énergie, diminuer l’impact carbone de la construction et garantir la fraîcheur en cas de forte chaleur.

Un indicateur carbone

Les bâtiments construits demain devront donc être à la fois sobres en énergie et plus durables, sachant que sur leur durée de vie, la phase de construction et la production des matériaux utilisés représentent 60 à 90 % des émissions de gaz à effet de serre. Depuis 2017, une expérimentation d’un label E+C- sur plus de 1 000 bâtiments neuf a permis d'affiner un indicateur carbone, qui sera généralisé.

Les bâtiments devront progressivement être plus sobres en émissions avec -15 % en 2024, - 25 % en 2027 pour atteindre -30 % voire - 40 % en 2030, selon qu’il s’agit d’habitats individuels ou collectifs. En revanche, à ce stade, on ne sait pas si, ou quand, la RE 2020 pourrait s’appliquer aux bâtiments du tertiaire.

Favoriser le bâti bois et les matériaux biosourcés

Dans tous les cas, les constructeurs seront libres de leur choix, mais la RE 2020 devrait les pousser à privilégier les matériaux qui ont déjà largement capturé du carbone, comme les nouveaux bétons verts, le bâti bois ou les matériaux biosourcés, comme des laines de chanvre, de coton ou la paille.

En revanche, rien n'est prévu pour favoriser l'installation de solutions d'autoproduction d'énergie dans les bâtiments neufs. Les panneaux photovoltaïques ne seront pris en compte que s'ils sont utilisés en autoconsommation. Ce sera pour une prochaine réglementation.

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