Avant même la publication des rapports traditionnels semestriels – attendus comme toujours fin juillet – les géants allemands de la chimie BASF et Covestro préfèrent avertir. Face à la faible demande mondiale de produits chimiques ou encore aux incertitudes liées à la politique douanière américaine, les deux Allemands revoient, début juillet, leurs projections financières sur 2025.
Ebitda et flux de trésorerie impactés
Pour Covestro, l'Ebitda devrait se situer dans une fourchette comprise entre 0,7 et 1,1 milliard d'euros, en deçà des prévisions précédentes qui s'étendaient entre 1 et 1,4 Mrd € sur l'année. Dans le même temps, le spécialiste allemand des polymères – détenu depuis fin 2024 en quasi-totalité par la compagnie nationale pétrolière émiratie Adnoc – précise que son flux de trésorerie disponible opérationnel (FOCF) sur l'année sera, de fait, impacté.
Le constat est similaire pour son compatriote BASF. Son chiffre d'affaires devrait reculer de 2,1 % au deuxième trimestre 2025, pour s'établir à 15,77 milliards d'euros – contre 16,11 Mrds € sur la même période l'année précédente. Son Ebitda (avant éléments exceptionnels) devrait osciller entre 7,3 et 7,7 Mrds € en 2025, contre des prévisions antérieures situées entre 8 et 8,4 Mrds €.
« En raison des incertitudes macroéconomiques et géopolitiques persistantes, BASF ajuste ses hypothèses pour l'ensemble de l'année 2025. Le produit intérieur brut mondial devrait croître moins que prévu en 2025. Cette évolution est essentiellement imputable aux droits de douane américains annoncés début avril et aux incertitudes qui en découlent sur le marché », souligne BASF dans un communiqué. Covestro ne pointe pas la politique menée par Donald Trump de manière explicite, mais parle de « faiblesse persistante de l'économie mondiale, sans signe de reprise à court terme ».

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« Protéger les sites critiques de production chimique de l'Europe et préserver l'autonomie stratégique de l'Europe »
Pourtant, les deux sociétés ne semblent pas être à l'arrêt côté business. Si Covestro (aux côtés de LyondellBasell) avait annoncé la fermeture définitive, en mars, d'une unité de production d'oxyde de propylène (PO) et de styrène monomère (SM) située à Maasvlakte (Pays-Bas), le chimiste de spécialité se maintenait, ces derniers mois, sur le devant de la scène médiatique grâce à l'annonce de plusieurs projets de modernisation d'usines.
Rachat des parts restantes d'Alsachimie, investissement dans une unité de production d'acide sulfurique ultra-pur sur son gigantesque complexe de Ludwigshafen (Allemagne), mise en route d'un électrolyseur géant sur le même site… BASF multiplie aussi les annonces depuis le début de l'année, malgré la situation inquiétante dans laquelle se trouve l'industrie chimique européenne.
Depuis le 8 juillet, la chimie en Europe (UE) a enfin droit à son plan de sauvetage, le « European Chemicals Industry Action Plan », stratégie considérée comme une étape majeure pour le renforcement de la compétitivité et de la résilience de l'industrie chimique, notamment par des organismes comme le Cefic ou France Chimie. « Dans un monde où les tensions géopolitiques, le protectionnisme et les perturbations des chaînes d'approvisionnement sont devenus notre réalité, ce nouvel organisme peut protéger les sites critiques de production chimique de l'Europe et préserver l'autonomie stratégique de l'Europe », commentait Markus Steilemann, p-dg de Covestro, quelques jours après la découverte de la feuille de route. Le dirigeant allemand qualifie cette « réflexion globale » de « prometteuse », insistant sur la volonté de l'UE d'une meilleure prise en compte de « la protection des capacités et la modernisation des investissements, tout en assurant la coordination entre les États membres de l'UE et en s'attaquant aux défis commerciaux ».



