L'Usine Nouvelle. - La nouvelle équipe de la SNCF est presque au complet avec Jean-Pierre Farandou (SNCF), Christophe Fanichet (SNCF Voyageurs) et sans doute Luc Lallemand (SNCF Réseau). Que pensez-vous de l’arrivée d’une personne extérieure à l’entreprise pour diriger SNCF Réseau ?

Cyril Faure. - C’est une surprise, mais probablement un bon choix. En Belgique, il est connu pour son pragmatisme, sa rigueur économique et son sens de la communication. Il a également réussi à développer l’ERTMS (système européen de gestion de trafic ferroviaire) sur le réseau belge. Il demande à être renforcé sur le réseau français. Cela peut être un véritable "boost" pour l’interopérabilité en Europe. C’est aussi un vrai financier. Il a une forte appétence pour les sujets économiques. Enfin, il pourra choisir de poursuivre le plan Nouvel’R initié par Patrick Jeantet pour faire entrer SNCF Réseau dans l’ère industrielle 4.0.
Chez SNCF Réseau, comment revenir à l’équilibre financier et faire face aux investissements colossaux pour rénover et moderniser le réseau ?
Au-delà de la reprise partielle de la dette par l’Etat, avec l’ouverture à la concurrence, SNCF Réseau a plus de latitude pour se développer.
La première solution est de maximiser l’utilisation du réseau par les entreprises ferroviaires pour obtenir plus de revenus. D’ailleurs, SNCF Réseau est très ouvert à l’arrivée de concurrents et le dit clairement. La seconde solution est d’améliorer la qualité du réseau et de réduire ainsi les coûts d’entretien. Enfin, la troisième solution est de poursuivre les efforts de performance industrielle et économique en repensant les modes de production.
Et pour SNCF Voyageurs ?
Christophe Fanichet va couvrir toutes les grandes marques pour les voyageurs, dont la pépite digitale Oui.sncf. L’enjeu, ici est de faire face à l’ouverture à la concurrence. Il va falloir être encore plus inventif en matière d’offre de service que les opérateurs alternatifs. Il a de nombreuses possibilités pour assurer le développement des activités de SNCF Voyageurs : des offres s’adressant à toutes les bourses, une intégration fluide avec les mobilités douces, un moyen de paiement unique, une meilleure ouverture avec l’international, …
Que signifie l'arrivée d'une directrice de HSBC pour diriger les gares ?
Marlène Dolveck, qui devrait prendre la gestion des gares, vient de la banque. De fait, elle éclairera sans doute les choix d’investissements. Son objectif sera notamment de réconcilier le retail et les mobilités dont la convergence fait parfois débat (ex : Gare du Nord 2024), mais est inéluctable.
Jean-Pierre Farandou est-il l’anti-Guillaume Pepy ?
Guillaume Pepy était davantage tourné vers le développement d’offres et de services, Jean-Pierre Farandou pourrait renouer avec la base de la production ferroviaire, à savoir les cheminots. Il s’expose peu en cette période de grèves, sans doute au profit d’un travail interne pour maintenir une qualité minimale du transport en situation hautement perturbée.
Le bilan de Guillaume Pepy est souvent décrié. Qu’en pensez-vous ?
Il a énormément développé la SNCF et plus globalement les mobilités. Il est aussi l’homme qui a mené la dernière réforme.
Il lui est aussi reproché d’avoir fermé des lignes et des gares, d’avoir soutenu le tout TGV très longtemps …
Les choix en matière de fermetures de gares et des lignes, de taille du réseau, etc. incombent à l’Etat et non à la SNCF. Cette dernière est là pour éclairer les conséquences techniques et économiques pour le système ferroviaire, mais pas pour prendre des décisions lourdes en matière d’aménagement du territoire.
Et la déliquescence du fret ferroviaire ?
Pour réussir le fret ferroviaire, il faut premièrement des clients chargeurs convaincus par le fret, du matériel roulant fiable et un réseau de qualité. Ces conditions ne sont pas toutes réunies bien que le coût structurel de Fret SNCF ait nettement baissé. La filiale du groupe SNCF, VFLI réussit le pari notamment grâce à la polyvalence de ses agents, des coûts structurels plus légers et une offre résolument tournée vers la haute qualité. On peut parler d’une réussite et cela est donc possible !
Certains bruits évoquent le souhait de l’Etat de revendre Geodis et Keolis, deux entreprises en pleine forme. Qu’en pensez-vous ?
Ces deux filiales, respectivement de transport de marchandises et de voyageurs, sont de beaux outils industriels. Ce sont de véritables vitrines à l’international qui complètent le reste du groupe.
Propos recueillis par Olivier Cognasse



