Avec Equans, Bouygues parie sur un secteur aux revenus récurrents

[ACTUALISE] Bouygues a confirmé mardi 5 octobre le rachat auprès d'Engie de sa filiale Equans, spécialisée dans les services multitechniques. Connu pour son activité historique dans le BTP, le groupe entend profiter d'un business moins cyclique.

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Bouygues Construction
Avec le rachat d'Equans, la construction ne sera plus le premier métier de Bouygues.

Activité historique de Bouygues, la construction sera bientôt remplacée par les services multitechniques en tant que premier métier du groupe. Une transformation liée à l'entrée, le 6 novembre 2021, du groupe de BTP, télécoms et médias en négociations exclusives avec l’énergéticien Engie pour le rachat de sa filiale Equans. L’opération de 7,1 milliards d’euros – la plus importante jamais réalisée par Bouygues – a été finalisée mardi 4 octobre 2022, conformément aux annonces faites en 2021.

L’acquisition se traduira dans les faits par un rapprochement entre Equans et le pôle de services énergétiques de Bouygues. La filiale d’Engie œuvre dans cinq grands domaines : l’ingénierie électrique, le chauffage et la réfrigération, l’ingénierie mécanique et la robotique, le numérique et le facility management (gestion des installations). L’absorption de son chiffre d’affaires annuel de 12 milliards d’euros ferait grossir celui de Bouygues à environ 47 milliards d’euros. « Equans est une opportunité unique pour faire de Bouygues un leader mondial des services multitechniques », affirmait Olivier Roussat, directeur général de Bouygues, lors d'une présentation du projet aux investisseurs le 9 novembre 2021. Le groupe resterait toutefois positionné derrière Vinci Energies.

Business moins cyclique

Au sein de Bouygues, l’activité des services multitechniques pèsera au total 16 milliards d’euros de chiffre d’affaires et concernera environ 96 000 salariés. A la fin de l’opération, Bouygues en comptera plus de 200 000. L’entreprise regroupe pour le moment 129 000 salariés et Equans 74 000, dont plus d’un tiers en France.

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Grâce à ce rachat, Bouygues entend se développer en s’ouvrant à un nouveau métier sur un marché caractérisé par des revenus récurrents. « Le groupe pénètre le marché des services multitechniques », confirme Thierry Le Clercq, le président de la société de gestion Alphajet Fair Investors, auprès de L’Usine Nouvelle. Le groupe juge ce secteur « porteur » et estime son taux de croissance à 3 ou 4% sur les cinq prochaines années. « Ce n’est pas du jamais-vu en matière de stratégie. Initialement, Vinci était aussi une entreprise du BTP qui occupe désormais un place de leader dans l’ingénierie et les services de l’énergie », ajoute Thierry Le Clercq.

Source de cash

L’intérêt de Bouygues pour ce secteur s’explique par son importance dans un contexte de transition énergétique et numérique. « La visibilité donnée par cette tendance structurelle permet au groupe d’investir un nouveau marché sans prendre de risques considérables, estime le gérant. Cela correspond à l’ADN de cette entreprise largement détenue par la famille Bouygues et les salariés. » Près de 24% du capital est détenu par une société contrôlée par le président du groupe Martin Bouygues et son frère Olivier.

Face aux investisseurs, la direction se vantait également une activité moins cyclique que la construction. Elle soulignait que plus de 70% des revenus de ce marché provenaient de clients récurrents. Les services multitechniques devraient effectivement garantir au groupe « une majorité de contrats longs terme », selon un communiqué publié au moment de l’annonce du rachat en 2021. « A priori, leur taux de renouvellement est bon », complète Thierry Le Clercq. Pour lui, ces services ne requièrent pas beaucoup d’investissements, d’où un taux de conversion du résultat opérationnel en cash élevé pour l’entreprise. De quoi contribuer « à la solidité » du flux de trésorerie disponible, selon Bouygues.

Le rêve nord-américain

Thierry Le Clercq est en revanche moins convaincu concernant une éventuelle stimulation de l’activité de services grâce à l’activité de construction du groupe. « L’offre de services sera plutôt un plus », estime-t-il. Le groupe insistait en 2021 surtout sur le potentiel de synergies liées en très grande partie aux achats, qui pourrait s’élever de 120 à 200 millions d’euros par an. « En tout cas, ce business devrait être mieux géré chez Bouygues que chez Engie, où il n’a jamais vraiment été au cœur de la stratégie », avance Thierry Le Clercq.

Face aux investisseurs, le directeur financier Pascal Grangé avait enfin vanté les complémentarités géographiques et le « chevauchement limité » d’Equans avec l’activité de services énergétiques de son groupe. En Europe, des pays comme la République Tchèque et la Croatie relèvent pour l’instant du périmètre d’Equans. Mais c’est surtout aux Etats-Unis où sa position devrait s’avérer particulièrement intéressante pour son acquéreur.

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