Sacrifier ses actifs européens permettra-t-il à Dow de renouer avec la rentabilité ? C'est ce que le géant américain de la chimie semble croire, en actant, en juillet, la fermeture de trois actifs européens, en porte-à-faux depuis l'annonce des résultats du premier trimestre 2025. Et sur l'autel des sacrifiés, on retrouve les actifs de chlore-alcali et de vinyle (CAV) à Schkopau (Allemagne) avec une fermeture prévue au quatrième trimestre 2027 ; l'usine de siloxanes de base à Barry (Royaume-Uni) avec une fermeture prévue mi-2026 ; et, enfin, le vapocraqueur à alimentation mixte de Böhlen (Allemagne), pour une fermeture prévue au quatrième trimestre 2027. L'unité d'oléfines affiche une capacité annuelle de 510 000 t/an d'éthylène. Le démantèlement et la démolition potentielle de l'ensemble des installations arrêtées devraient se poursuivre jusqu'en 2029 si nécessaire.
Dégager six milliards de dollars de soutien en espèce
La fermeture des trois sites va entraîner jusqu'à 800 suppressions d'emplois, des coupes qui s'ajoutent aux mesures d'économies d'un milliard de dollars (près de 850 millions d'euros) annoncées en janvier 2025, qui comprenaient une réduction des effectifs d'environ 1 500 postes chez Dow au niveau mondial. Les raisons des fermetures n'ont pas changé au fil des mois. Redimensionnement des capacités régionales, baisse des prix et de la demande, activités trop couteuses et énergivores… « Les mesures prises par Dow pour fermer ces actifs entraîneront une augmentation de l'Ebitda d'exploitation à partir de 2026, atteignant 50 % de l'objectif d'environ 200 millions de dollars d'ici à la fin de l'année 2027 avec une livraison complète d'ici à 2029 », détaille le groupe.
« Notre industrie en Europe continue de faire face à une dynamique de marché difficile, ainsi qu'à un contexte de coûts et de demande toujours difficile », a déclaré Jim Fitterling, p-dg de Dow. « A l'avenir, nous restons déterminés à valoriser nos investissements de croissance supplémentaires et à améliorer la rentabilité et les flux de trésorerie grâce à plus de 6 milliards de dollars de soutien en espèces à court terme. »
Septième fermeture de craqueur en 18 mois
En avril 2025, l'américain Dow avait annoncé une perte nette, pour le trimestre clôturé au 31 mars, de 290 millions de dollars contre un bénéfice net de 538 millions de dollars, un an auparavant. La société du Michigan accusait une baisse de 3 % de son chiffre d'affaires net au premier trimestre 2025, à 10,4 milliards de dollars, reflétant une baisse dans tous les segments d'activité. La ligne de conduite : réduire les dépenses et redimensionner les capacités de production, avec, en plus de l'examen de ses activités européennes, la cession d'actifs au Moyen-Orient pour un montant de 2,4 milliards de dollars. À cela s'ajoutent diverses rentrées d'argent, comme le versement de près d'un milliard de dollars supplémentaire - après avoir déjà perçu près d'un milliard de dollars - ordonné par la justice canadienne dans le cadre du fameux procès opposant Dow au pétrochimiste canadien Nova Chemicals ou le rapport du mégaprojet Path2Zero à 8,9 milliards de dollars.
La décision de fermeture de ses trois actifs obscurcit encore davantage l'horizon des vapocraqueurs européens. Au cours des 18 derniers mois, cette nouvelle annonce fait passer à sept le nombre de vapocraqueurs dans l'écosystème européen dont l'arrêt est acté ou effectif. ExxonMobil, TotalEnergies, deux sites pour Versalis et deux sites pour Sabic. Avec l'annonce de l'arrêt programmé de Dow, l'Europe se retrouve désormais amputée d'une capacité de production de plus de 4,8 millions de tonnes d'éthylène par an.



