Avec 44 millions d’euros en poche, Lithium de France prévoit des premiers forages en Alsace dès 2024

Mardi 14 mars, la start-up Lithium de France, une filiale du groupe alsacien Arverne, a annoncé avoir levé 44 millions d'euros auprès de sa maison mère, du pétrolier norvégien Equinor et de son compatriote Hydro. De quoi permettre à l'entreprise de forer son premier doublet géothermal en Alsace du Nord dès 2024 et d'optimiser à l'échelle industrielle son procédé d'extraction du lithium des eaux géothermales. 

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Lithium de France explo
Sur son site des "sources" en Alsace du Nord, Lithium de France a mené une première campagne d'acquisition de données géophysiques à l'automne 2022. La start-up analyse les résultats pour optimiser le placement de ses futurs forages.

Le lithium made in France se rapproche de la réalité. Mardi 14 mars, l’entreprise alsacienne Lithium de France, une filiale du groupe d’énergie Arverne, a annoncé une levée de fonds de 44 millions d’euros. Basée à Bischwiller, la jeune pousse a été fondée fin 2020 avec pour but d’extraire du lithium des eaux géothermales alsaciennes. Après avoir mené ses premières explorations dans le piémont des Vosges du Nord à l’automne 2022 et en avoir tiré des résultats «très prometteurs», Lithium de France a ainsi le porte-monnaie rempli pour avancer vers l’industrialisation, avec un premier pilote à l’échelle prévu pour 2025 ou 2026.

De quoi «valoriser le sous-sol alsacien, qui regorge d’une richesse phénoménale et qui pourrait contribuer de façon significative à tendre vers une forme d’autonomie dans la chaîne de valeur de la batterie», argumente le directeur général de l’entreprise, Guillaume Borel, en rappelant l’importance de ce métal léger pour le développement de la mobilité électrique.

Produire de la chaleur, avec du lithium en plus

«Concrètement l’Alsace du Nord, comme une grande partie du fossé Rhénan supérieur, a la chance d’avoir une ressource géothermale conséquence, qui a la particularité d’avoir des teneurs en lithium relativement importantes, autour de 180 parties par million, décrit Guillaume Borel auprès de L’Usine Nouvelle. Ce ne sont pas les teneurs des gros salars sud-américains, mais elles permettent d’imaginer un développement économique.»

D’où le plan de Lithium de France de produire des sites intégrés, pensés dès le départ pour extraire des eaux géothermales de la chaleur et du lithium. Dans le plan de l’entreprise, l’eau sera pompée autour de 2500 mètres pour arriver à plus de 130 degrés en surface. Un échangeur de chaleur puis un filtre à lithium en retireront ensuite les calories puis les ions recherchés, avant que l’eau ne soit réinjectée dans le sol via un autre forage proche, dit "doublet". 

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Contrairement à Eramet, qui prévoit aussi d'extraire du lithium géothermal en Alsace, Lithium de France ne développe pas sa propre chimie pour capter les ions lithium dissous dans l’eau. Elle devrait tout de même adapter le produit acheté à des fournisseurs aux conditions spécifiques de son exploitation, puis en valider les performances. Un travail lent, qui explique une feuille de route en deux temps. Après des forages en 2024, la start-up prévoit de produire de la chaleur en 2025, puis du lithium de qualité commerciale fin 2026. Guillaume Borel, qui insiste sur sa prudence quant aux estimations faites sans forage, chiffre auprès de l’Usine Nouvelle que le premier doublet de son entreprise pourrait, avec un débit de 200 à 300 mètres cubes d’eau par heure, produire 20 mégawatts de chaleur, et 1500 kilogrammes d'hydroxyde de lithium par an.

Des fonds encore nécessaires avant l'industrialisation complète

«Avec 44 millions d'euros, nous pouvons financer les forages du premier doublet et le développement de notre procédé d’extraction, ainsi que de nouveaux travaux d’exploration», explique Guillaume Borel. Il précise que Lithium de France a déposé trois demandes de permis exclusifs de recherche en Alsace du Nord, qui sont en cours d’instruction par l’Etat. Une installation industrielle complète d’extraction de lithium et de production de chaleur, telle que prévue en 2026, nécessitera néanmoins davantage de capitaux, reconnaît Guillaume Borel.

Au-delà d’Arverne, qui conserve la majorité de Lithium de France et lui apporte son expertise dans les énergies du sous-sol (notamment la géothermie), deux industriels norvégiens, le pétrolier Equinor et le producteur d’aluminium Hydro, participent à la nouvelle levée de fonds. De par son expérience pétrolière, Equinor a «une maîtrise des géosciences profondes et des enjeux de l’extraction de ressources sous forme liquide dans un réservoir où l’on accède par des forages», décrit Guillaume Borel, qui a lui-même travaillé une vingtaine d'années chez le parapétrolier français Schlumberger (devenu SLB). En ciblant le lithium géothermal plutôt que le pétrole, forer des trous pourrait s'avérer utile pour la transition énergétique.

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