Avant Naval Group et l'Australie, retour sur deux précédents de rupture de contrats militaires pour raisons politiques

L'Australie a décidé de rompre le méga-contrat signé avec Naval Group pour la fourniture de sous-marins. Ce n'est pas la première fois qu'un gros contrat dans la défense capote pour des raisons géopolitiques. La France elle-même est revenue sur ses engagements dans un passé pas si lointain.

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Hélicoptère EC725 Caracal de Airbus Helicopters
La non-vente de Caracal a empoisonné les relations entre la France et la Pologne en 2016.

Un "coup de poignard" pour le maire de Cherbourg, un "coup dans le dos" pour le ministre des Affaires étrangères Jean-Yves le Drian, un "mauvais coup inacceptable" pour l'ancien commissaire européen Michel Barnier, une "manifestation du mépris des Etats-Unis pour ses alliés européens", selon Jean-Luc Mélenchon... Les dirigeants politiques français n'ont pas de mots assez durs pour qualifier le revirement de l'Australie, qui a officialisé ce 16 septembre la rupture du contrat signé avec Naval Group pour la fourniture de 12 sous-marins. Canberra a décidé de se tourner vers son allié américain pour la fourniture de sous-marins à propulsion nucléaire, dans le cadre d'une coopération avec le Royaume-Uni et les Etats-Unis dans la zone indo-pacifique.

Ce n'est pas la première fois (ni la dernière) qu'un gros contrat de défense est rompu pour des raisons géopolitiques.

Le scénario australien rappelle une brouille récente entre la France et la Pologne pour la fourniture d'hélicoptères. La France a elle aussi par le passé choisi de dénoncer un contrat qu'elle avait signé quelques années auparavant. Rappel de ces deux précédents, qu'a bien connu l'actuel ministre des Affaires étrangères Jean-Yves le Drian, puisqu'il était alors ministre de la Défense.

2016 - Airbus, la Pologne et les hélicoptères Caracal

En octobre 2016, la Pologne déclarait renoncer à un contrat de 13,5 milliards de zlotys (soit 3,13 milliards d'euros) avec Airbus, portant sur la livraison de 50 hélicoptères militaires de type Caracal. Il préférait opter pour des Black Hawk américains. Raison officielle invoquée à l'époque : les compensations industrielles proposées par l'hélicoptériste n'étaient pas à la hauteur. Elles étaient pourtant jugées conséquentes, voire démesurées par les équipes d'Airbus Helicopters à l'époque, qui comptaient faire de la Pologne la deuxième base industrielle de l'entreprise après la France.

Des sujets de politique intérieure ne seraient pas étrangers à cette décision, le gouvernement polonais conservateur et euro-sceptique qui a annulé le deal n'étant pas celui qui l'avait signé quelques mois plus tôt. Le nouvel exécutif comptait ainsi privilégier des industriels déjà présents dans le pays... y compris sur ses fiefs électoraux. Le renoncement a provoqué une crise diplomatique entre la Pologne et la France, alors dirigée par François Hollande. Pas rancunier, Airbus avait postulé à un autre appel d'offres, plus modeste, lancé par Varsovie en 2017. Sans être retenu...

2014 - STX, DCNS, la Russie et les Mistral

La France aussi sait rompre des contrats militaires quand la situation politique internationale l'exige. En septembre 2014, après l'annexion de la Crimée (dans l'Est de l'Ukraine) par la Russie, le président François Hollande conditionnait la livraison de deux porte-hélicoptères Mistral à la signature d'un cessez-le-feu, prélude à un règlement politique à la crise. Sans réussir à infléchir la position russe. Ce qui a provoqué une rupture unilatérale du contrat signé en 2010, sous la présidence Sarkozy, et estimé à 1,3 milliard d'euros. A l'issue d'un accord de règlement rendu public en août 2016, la France a dû rembourser les sommes avancées par la Russie, soit près d'un milliard d'euros.

Les deux navires de classe Mistral, des bâtiments de projection et de commandement (BPC), avaient été construits aux Chantiers de l'Atlantique à Saint-Nazaire (STX à l'époque), sous la maîtrise d'œuvre de DCNS (l'ancien nom de Naval Group). Ils ne sont pas restés en cale sèche pour autant. Sept semaines seulement après la résiliation de la vente des deux navires à la Russie, la France avait déjà trouvé un repreneur : la marine égyptienne, qui venait d'acheter à la France des avions de combat Rafale.

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