[Sécheresse] Autour de Volvic, la guerre de l’eau est déclarée

Alors que les températures battent des records et que la sécheresse sévit de façon inquiétante dans le Puy-de-Dôme, le groupe Danone, propriétaire de la source de Volvic tente de s’adapter à cette situation extrême.

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Volvic dit avoir investi investi 25 millions d’euros dans ses lignes de production pour optimiser son utilisation de l'eau.

Depuis le début de l’été, les fortes chaleurs et le manque de précipitation font craindre le pire en Auvergne. Pour la source de Volvic, près de Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme), l’enjeu est vital. Il s’agit à la fois de préserver la ressource et de s’adapter à une situation qui risque bien de perdurer.

«Depuis 1992, date à laquelle Danone a acheté la Société des Eaux de Volvic (SEV), nous travaillons avec des experts hydrogéologues pour permettre une gestion durable et raisonnée de la ressource. Nous sommes ouverts aux propositions permettant d’approfondir la connaissance du bassin de Volvic pour l’ensemble des usagers, afin de nous permettre, collectivement, de préserver cette ressource pour les générations actuelles et futures et faire face au changement climatique», plaide une porte-parole du groupe.

Chiffres à l’appui, l’exploitant de la source de Volvic s’est donc engagé vis-à-vis du préfet -et donc de l’Etat- à diminuer ses prélèvements dans la nappe phréatique. Contrainte et forcée, le minéralier reconnaît limiter ses prélèvements en période de tension estivale. «Bien que l’arrêté sécheresse du Puy-de-Dôme concerne les eaux superficielles et non les eaux souterraines, la Société des Eaux de Volvic s’est engagée à appliquer des mesures spécifiques de réduction des prélèvements d’eau», ajoute le service communication.

En cas d’alerte sécheresse, Volvic doit baisser de 5% sa production (soit 13,17 millions de litres d’eau/mois). Un chiffre qui peut même monter jusqu’à 10 % en cas d’alerte sécheresse renforcée, comme c’est actuellement le cas dans le Puy-de-Dôme, ce qui correspond à une économie de prélèvement de 26,35 millions de litres d’eau mensuel. Une contrainte qui s’ajoute à d’autres promesses sur plus long terme pris en accord avec l’Etat. «Nous sommes engagés à diminuer de 10% nos prélèvements sur les trois prochaines années à partir de cette année pour aller jusqu’à - 20% à partir de 2025», ajoute la SEV.

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Tensions locales

Il faut dire que l’usine des eaux de Volvic est depuis plusieurs années dans le collimateur de certains habitants du bassin qui accusent Danone de tarir la source au péril de l’équilibre écologique de l’impluvium. Édouard de Féligonde, propriétaire de la pisciculture de Malauzat, près de Volvic, a même assigné le minéralier et l’Etat en justice, l’accusant d’avoir provoqué le tarissement des sources qui alimentaient sa pisciculture, désormais à sec. Le propriétaire qui réclame plus de 32 millions d’euros à l’État pour le préjudice subi, a saisi le tribunal administratif de Clermont-Ferrand demandant au préfet du Puy-de-Dôme qu’il réduise drastiquement - à 11 l/s - les débits de prélèvement de la société des Eaux de Volvic. L’affaire en toujours en cours mais elle fait écho à une inquiétude grandissante chez les protecteurs de l’environnement.

De son côté, la direction de l’usine de Volvic l’assure : «nous accélérons nos actions de réduction des prélèvements d’eau sein de notre site d’embouteillage. Ainsi depuis 2017, nous avons investi 25 millions d’euros dans nos lignes de production pour optimiser notre utilisation de l'eau. Cela nous a permis de réduire nos prélèvements de 14% sur cette période (soit 390 millions de litres d’eau économisés depuis 4 ans) pour des ventes stables».

Pour aller encore plus loin, l’usine vient de mettre en place un système pilote de traitement et de recyclage des eaux usées (REUSE) au sein de son site d’embouteillage. Une expérimentation qui fait partie d’un plan plus vaste d’utilisation rationnelle de l’eau baptisé PURE, contractualisé avec les autorités le en septembre 2021. «Ce plan s’inscrit dans la feuille de route volontaire que nous menons depuis 2014 pour préserver cette ressource et agir de façon durable, avec une vision à long-terme et marquant notre volonté de participer à l’effort collectif», promet l’industriel qui fait vivre localement quelques 850 salariés.

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