"Toutes les options sont envisagées." C’est en ces termes que le groupe minier Eramet, en difficultés financières, évoque l’avenir de sa filiale Aubert & Duval spécialisée dans les alliages de haute performance. En amont de la filière aéronautique, Aubert & Duval est touché de plein fouet par la crise qui frappe le secteur aérien.
"Les ventes ont été en recul d’environ 50 % en avril et mai", reconnaît l’industriel, qui réalise 70 % de son activité auprès des grands donneurs d’ordres de l’aéronautique. Selon ses dernières estimations, le chiffre d’affaires devrait être en baisse d’environ 20 % en 2020 par rapport à 2019.
Une chose est certaine : le sort d’Aubert & Duval ne devrait pas laisser indifférent. En premier lieu, l’État. Dans l’écosystème de défense, la filiale d’Eramet jouit d’un rôle stratégique. Grâce à sa maîtrise des métaux, des alliages et de leurs procédés de transformation, l’industriel auvergnat est un fournisseur clé des grands industriels de l’armement, que ce soit au profit de la marine, de l’armée de l’air ou de l’armée de terre. Ses matériaux permettent de concevoir des pièces pour les moteurs des Rafale de Dassault Aviation, les sous-marins nucléaires de Naval Group, les missiles de MBDA, les véhicules blindés et les canons de Nexter... Impossible de lâcher un tel morceau de souveraineté industrielle. Safran pourrait être en embuscade. Si le motoriste n’a rien confirmé, des discussions avec Eramet auraient été entamées fin 2019, puis relancées en début d’année, selon nos informations. "Des synergies sont possibles, reconnaît Philippe Fraysse, le secrétaire fédéral FO métaux chargé du secteur aéronautique, espace et défense. Aubert & Duval est presque le seul fournisseur d’aciers spéciaux haute performance."



