«Les gens veulent voyager davantage en Europe. Ils veulent davantage de ferroviaire, a déclaré Volker Wissing, le ministre des transports et du numérique (FDP) de la République fédérale allemande, lors de son discours inaugural au salon Innotrans qui se tient à Berlin du 24 au 27 septembre. Nous devons créer un réseau ferroviaire qui plaise à nos citoyens et nous avons une grande ambition pour le train.»
Le gouvernement allemand veut accélérer le déploiement du système européen de gestion et de circulation des trains, l’ERTMS (European Rail Traffic Management System) en Europe pour éviter la multiplicité des systèmes nationaux qui compliquent l’exploitation des trains internationaux.
L’ERTMS permet de superviser la conduite et de connaître, à tout moment, la position des trains et leur vitesse ainsi que de fournir en cabine les informations de signalisation. Développé depuis plus de vingt ans, il reste peu déployé. Il comprend notamment l’ETCS (European Train control system), système de signalisation du système européen de contrôle des trains, qui permet de passer d’un pays à l’autre en toute sécurité et le GSM-R, système radio pour échanger les informations entre le sol et le train. L’ERTMS a évolué au cours des années et les dernières versions seront indispensables pour développer le train autonome.
Faire circuler davantage de trains
«Nous avons fixé des objectifs ambitieux pour lutter contre le réchauffement climatique, il faut des moyens importants pour le ferroviaire, et pour accroître sa compétitivité face à la route», a poursuivi le ministre allemand souvent présenté comme l’anti-écologiste et le défenseur acharné de l’automobile du gouvernement Olaf Scholz. L’ERTMS doit permettre de faire circuler davantage de trains sur une ligne et mieux relier les grandes villes européennes. «Il faut moderniser les infrastructures et les numériser, a insisté Richard Lutz, directeur général de la Deutsche Bahn (DB) qui met en garde sur les dangers de l’utilisation de l’intelligence artificielle, demandant «davantage de réglementation au niveau européen pour réduire les risques, notamment sur les algorithmes». Mais comme tous les opérateurs et constructeurs du secteur, il loue tous les avantages de l’IA qui peuvent contribuer à cette Europe du ferroviaire.
Le manque de compatibilité entre les réseaux est aussi lié à l’histoire comme le sens de circulation. «En France, les trains roulent à gauche, mais en Allemagne et en Alsace, ils roulent à droite, rappelait Christophe Fanichet, PDG de SNCF Voyageurs en aparté. Les changements de tension et de signalisation en passant d'un pays à l'autre sont un obstacle au développement d'un réseau européen» Sur le déploiement de l’ERTMS, la France est à la traîne. Le système n'est présent que sur les lignes à grande vitesse (LGV) les plus récentes et son déploiement est en cours sur la liaison Paris-Lyon – cela permettra de faire circuler 16 TGV par heure au lieu de 13.
La Belgique en avance
D’autres pays ont déjà quelques longueurs d’avance comme l’Allemagne et surtout le Luxembourg et la Belgique. Le plat pays aura terminé le déploiement au 1er janvier 2026. Outre-Rhin, 14000 voitures devront être rétrofitées pour pouvoir circuler avec l’ERTMS à la fin des années 2030, a comptabilisé Trigo, entreprise française dans les services d'inspection, d'ingénierie et de conseil en qualité pour l'industrie du transport, qui aide les acteurs du secteur à se préparer à la norme de signalisation du système européen de contrôle des trains. L’investissement est important et l’équipement des infrastructures et des trains demande du temps. Car après l’interopérabilité des réseaux, il faut adapter le matériel roulant et pas seulement les trains internationaux.
Olivier Cognasse, à Berlin.



