Au salon Euronaval qui se tient du 4 au 7 novembre au Parc des expositions de Villepinte (Seine-Saint-Denis), les drones sont au cœur de toutes les attentions. En détectant les mines à distance, en surveillant les fonds marins, en agissant même en meute…ils s’imposent comme des alliés à tout faire, de plus en plus indispensables des navires de surface et des sous-marins. «Aujourd'hui, il y a un effort particulier en matière de dronisation navale», confirme Emmanuel Chiva, patron de la Direction générale de l’armement (DGA). Et si les industriels français ont raté le virage des drones aériens militaires, ils sont très dynamiques dans le domaine marin.
Sur le stand du ministère des Armées, le démonstrateur drone de combat océanique de Naval Group est en bonne place. Répondant au nom barbare d’UCUV (pour Unmanned Combat Underwater Vehicle), ses dimensions sont impressionnantes. Il s’agit d’un drone sous-marin XXL d’environ 10 tonnes, de 10 mètres de longueur pour 2 mètres de diamètre. Il reste malgré tout transportable par un A400M. Un tel drone peut parcourir des distances océaniques avec une autonomie à terme de l’ordre de deux à quatre semaines.
Naval Group Grâce à ses algorithmes embarqués, le futur drone de combat océanique doit être capable de s’adapter aux aléas tactiques et aux éventuelles avaries rencontrées lors de ses missions.
Avec des possibilités de communication fortement réduites sous l’eau, ce dispositif doit pouvoir adapter sa mission en fonction des situations rencontrées grâce à des algorithmes, dits d’autonomie décisionnelle contrôlée. Quelles seront ses missions ? Lutte contre les bateaux de surface ou sous-marins, neutralisation d’une menace, entrée en premier sur un théâtre d’opération… Rien n’est encore véritablement arrêté. «Nous menons des expérimentations pour voir quelles sont ses possibilités et nous les approprier (…) Lors des expérimentations, il arrive que les opérationnels songent à un autre concept d’emploi que celui qu’on avait imaginé au départ», reconnaît Emmanuel Chiva. La marine française semble déjà apprécier le produit et envisage déjà un grand frère au drone de Naval Group.
Des essaims de drones sous-marins
Pas très loin du drone océanique, Arkeocean tire son épingle du jeu d’une toute autre manière. Cette PME familiale d’une trentaine de personnes basée à Vannes (Morbihan) présente sur son espace de démonstration quatre drones identiques, ridiculement petits par rapport au drone de Naval Group. Ils font moins 1 mètre de long pour une masse de 17 kilos. Arkeocean s’est en effet spécialisé dans les essaims de drones sous-marins connectés. En les déployant tous les 300 mètres environ, on peut multiplier les points d’observation et agir en meute.
Arkeocean Arkeocean estime qu'il peut faire collaborer des centaines, voire des milliers de drones sous-marins sur une même mission.
Son dirigeant et cofondateur Thierry Brizard évoque un prix unitaire de quelques milliers d’euros et la possibilité de les associer en très grand nombre. Des essaims de plusieurs centaines, voire de milliers de drones sont envisageables ! «Il faut pour cela maîtriser le positionnement et le guidage grâce aux technologies acoustiques avec une précision de l’ordre du mètre», souligne le dirigeant.
Des essais en mer avec plusieurs dizaines de machines ont déjà été réalisés en mer Méditerranée et au sud de la Bretagne et ont notamment validé le dispositif de récupération rapide en mer des drones. La DGA envisage des essaims de drones rôdeurs, particulièrement pour le renseignement acoustique. Selon elle, l’association de ces drones peut former par exemple une antenne géante de sonar passif déployée dans la colonne d’eau, chaque drone devenant un nœud de réception.
un drone aérien éjecté depuis les profondeurs
De son côté, la PME Alseamar, filiale du groupe Alcen, présente une innovation bluffante répondant au nom de code Black Bird. La société de 220 personnes basée à Six-Fours (Var), a développé un dispositif qui permet à un sous-marin d’éjecter depuis le fond des mers un drone aérien. En même temps, le sous-marin expulse la centrale de pilotage associée qui remontera également à la surface. Reliée par un câble fibre optique au sous-marin, elle permet de piloter le drone et de rapatrier son flux vidéo.
Alseamer Le dispositif d'éjection du drone aérien d'Alseamer a été testé avec le sous-marin d'attaque nucléaire Suffren .
« Cela permet aux sous-marins d’avoir une meilleure connaissance de la situation tactique sans avoir à remonter en surface. Notre solution est unique au monde et 100% française», estime Olivier Jacques, responsable commercial pour Alseamar. Le dispositif a déjà été éprouvé en mer. Le sous-marin Suffren, soit l’un des sous-marins nucléaires d’attaque de la famille des Barracuda, a testé ce dispositif l’été dernier.
Surveiller les fonds marins
Le fabricant Exail se distingue encore autrement. Le spécialiste de la robotique sous-marine présente sur le stand des armées une maquette réduite d’un futur drone capable d’aller jusqu’à 6000 mètres de profondeur. À cette profondeur, les militaires estiment couvrir près de 97% des fonds sous-marins. Baptisé A6K-M, ce drone, développé dans le cadre du plan d’investissement France 2030 et du programme «maîtrise des fonds marins» du ministère des Armées, devrait faire en réalité 4,5 m de long pour 3 tonnes.
«À cette profondeur, il y a deux défis technologiques à relever, celui de la précision du positionnement du drone et des communications acoustiques», explique le directeur du programme associé à la DGA. La principale mission de l’A6K-M sera de surveiller des zones en grands fonds et de protéger des infrastructures critiques sous-marines. Equipé de sonars, il doit être capable de balayer une zone de 24 kilomètres en une journée. Équipé d’hélices à la fois verticales et horizontales, il se veut très manœuvrable pour réaliser des explorations précises. Il agira en tandem avec un robot sous-marin téléopéré capable d’agir dans son environnement. Le produit doit être livrable en 2026.
Pour renforcer son soutien aux industriels, le ministère des Armées réfléchit à la mise en place d'un centre d'expérimentation de drones navals étatique. Une décision devrait être prise avant la fin de l’année. Par ailleurs à l’occasion de sa visite de l’ouverture du salon, le ministre des Armées Sébastien Lecornu a annoncé le lancement du drone sous-marin du programme de guerre des mines produit par le groupe Thales et Exail ainsi que le lancement d'un partenariat d'innovation sur les drones de surface avec dix consortiums industriels.



