Sur la cale de lancement des anciens Ateliers et chantiers du Havre (ACH), fermés en 2000 et transformés en site de déconstruction depuis une douzaine d’années, une barge de 400 tonnes subit les coups de cisaille d’une grue. Nous sommes au Havre (Seine-Maritime), chez Baudelet Environnement, qui a racheté en 2016 Gardet & De Bezenac. Le groupe fondé à Blaringhem (Nord) vient de décrocher un contrat avec la Marine nationale pour la déconstruction de huit navires patrouilleurs et remorqueurs.
La machine de plusieurs dizaines de tonnes compresse et découpe les morceaux d’acier – pas plus de 70 cm de long - qui sont ensuite vendus aux aciéries. Encore à l’eau, sur la partie fluviale du port du Havre, un ferry britannique a été rapatrié depuis la Tamise pour subir le même sort. Le site havrais de Baudelet Environnement a été référencé par la Commission européenne comme site certifié pour le démantèlement naval. Ils sont 31 en Europe, dont quatre en France. Depuis 2008, Baudelet a démantelé 135 coques. En 2020, il a valorisé 16 000 tonnes de ferraille. Cinq personnes travaillent à temps plein sur le site.
Olivier Cognasse Une barge de 400 tonnes est découpée et compressée par la cisaille de cette grue. Photo © Olivier Cognasse
Un chantier de 27 mois
A quai, se trouvent le patrouilleur le Sterne et le remorqueur de haute mer le Tenace, deux bateaux de la Marine nationale qui viennent d’être acheminés depuis Brest. Un troisième, le Malabar, a quitté Brest hier. Ils font partie du contrat signé par l’entreprise nordiste Baudelet Environnement avec la Marine nationale, qui porte sur huit navires patrouilleurs et remorqueurs de Brest, Cherbourg et Toulon pour un montant de 3 millions d’euros. Un chantier d’une durée de 27 mois.
Deux navires basés à Toulon devront être transportés jusqu’au Havre par un navire semi-submersible, en raison de leur état. "La première étape consiste en effet à rapatrier les coques, explique Arnaud Tual, directeur des sites de Normandie (Le Havre et Grémonville). La première est arrivée il y a trois semaines ; les dernières arriveront fin juin. Un travail préliminaire consiste à nettoyer et désamianter le navire et à l'alléger pour respecter le tirant d’eau (2,50 mètres)." C’est une filiale, Sotramiante, qui est en charge du désamiantage."C’est le même process que pour les bâtiments, poursuit le directeur du site. Les quantités sont relativement modestes comparées à celles de certains sous-marins. Mais cette étape représente environ 20 % du coût de la déconstruction." Ensuite, les coques subiront le même sort que la barge : compression et cisaillement. Puis les ferrailles seront évacuées par voie fluviale vers les aciéries d’Île-de-France.
"Une superbe histoire du capitalisme familial"
Pour la Marine nationale, la déconstruction des navires concerne "entre une demi-douzaine et une quinzaine de navires par an, confie à l’Usine Nouvelle le capitaine de vaisseau Frédéric Janci, commandant de la Marine nationale au Havre. Nous sommes la première marine européenne, avec une centaine de bâtiments de combat et une centaine de navires de soutien." Les grands navires - essentiellement de combat - sont pour la plupart envoyés en déconstruction en Belgique.
Baudelet Environnement est une entreprise familiale dirigée par Caroline et Jean-Baptiste Poissonnier, les petits-enfants du fondateur Jean Baudelet, aujourd’hui âgé de 96 ans. Présent lors de cette visite, vendredi 12 février, l’ancien Premier ministre Edouard Philippe a fait l’éloge de cette entreprise qui réalise, avec 500 salariés, un chiffre d’affaires de 103 millions d’euros. "C’est une superbe histoire du capitalisme familial", a conclu le maire du Havre.
Olivier Cognasse Le James Newman, un ferry tout droit venu de la Tamise, attend son tour pour passer à la cisaille. Photo © Olivier Cognasse



