Enquête

Au Guyana et au Suriname, le pétrole attire déjà les entreprises françaises

[Enquête 2/2] Alors que le Guyana débute sa rente pétrolière et que le Suriname s'apprête à suivre le même chemin, les échanges économiques avec la France restent limités. Quelques entreprises françaises sont présentes sur place et d'autres viennent jauger le potentiel de ces nouveaux eldorados pétroliers.

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Georgestown, capitale du Guyana accueille un bureau commercial du ministère des Affaires étrangères depuis septembre.

Etats discrets d'Amérique du Sud, le Guyana et le Suriname possèdent d'immenses réserves de pétrole dont l'exploitation commence tout juste. Au Guyana, la production débutée en 2019 dope la croissance économique du pays. Cette dernière aiguise les appétits du Venezuela voisin, où un référendum vient de valider l'idée d'annexer les deux tiers du territoire guyanais. Sur place, plusieurs entreprises françaises sont en activité.

«Nous avons dû présenter au ministre l’ensemble de nos initiatives RSE chiffrées sur le long terme, ils nous ont convoqués, c’était très sérieux.» Déjà présent dans le secteur minier guyanais, le groupe français de restauration Newrest (1,7 milliards de dollars de chiffre d'affaires, 40000 salariés dans le monde) a développé ses activités au Guyana après le début de l'exploitation du pétrole offshore. «Ce qui est intéressant c’est qu’ils ont tout de suite défini un certain nombre de principes comme des actionnaires locaux, un taux de nationalisation des postes ou la montée en compétences», poursuit Marc Starke, vice-président de Newrest.

Sa filiale sur place est détenue à 55% par des guyanais et emploie près de 200 personnes pour la restauration ainsi que la propreté sur quatre installations offshore. «Le pays ne veut pas uniquement des plongeurs locaux, complète le dirigeant. Il veut aussi une montée en compétence pour qu’il y ait des guyanais dans la chaine managériale.» L’entreprise a mis en place un partenariat avec une école hôtelière et a développé des chaines d’approvisionnements locales pour diminuer ses importations de produits alimentaires de 30%.

Des contrats d'infrastructures et des opportunités

Une dizaine d’entreprises françaises sont présentes dans le pays, au premier rang desquels Teleperformance, un acteur mondial des centres d’appels qui emploie plus d’un millier de salariés sur place. De son côté, le groupe TotalEnergies possède aussi des intérêts dans trois blocs offshore. En 2022, le groupe parapétrolier Vallourec y a aussi décroché un contrat de 10 ans pour fournir les conduits qui équipent les installations d’ExxonMobil en mer.

Alors que moins d’une cinquantaine de français vivent au Guyana, la France ne possède pas d’ambassade sur place. En septembre, elle a été le premier pays de l’Union européenne à y ouvrir un bureau commercial. Outre la veille économique, l’objectif principal est de faciliter les contacts et favoriser les investissements entre les deux pays. En parallèle, l'Union européenne vient d'organiser une mission économique pour plusieurs entreprises et institutions du Vieux-Continent, dont EDF et l'Agence française de développement. Plusieurs ministres ainsi que le président Irfaan Ali ont rencontré les représentants des sociétés européennes venues découvrir le potentiel économique du pays. En décembre dernier, c'est la Direction générale du Trésor qui organisait un webinaire sur la même thématique.

Total projette 9 milliards de dollars d'investissements au Suriname

Il faut dire que beaucoup reste à faire. Encore loin d’être un partenaire privilégié du Guyana, la France a vu ses échanges fortement progresser avec le pays en 2022 (+329%). Les importations françaises (57 millions d’euros en 2022) concernent majoritairement le pétrole. En retour les exportations (8,4 millions d’euros) sont constituées de machines et d’agroalimentaire.

Au Suriname, les importations françaises (26 M€ en 2022) sont elles aussi constituées en majorité de pétrole issu des champs terrestres existants et les exportations (17 M€) de produits agroalimentaires. Le pays compte environ 150 expatriés et une dizaine d’entreprises tricolores. TotalEnergies mise sur le pays et a annoncé le début des études de développement d’un vaste projet pétrolier dans le bloc 58.

D’un budget de 9 milliards de dollars, le projet doit être confirmé fin 2024 pour un début de la production en 2028. Pour l’heure le pétrolier français possède une base logistique à Paramaribo, la capitale du pays, et y a formé plus de 80 personnes. Le pays fait face à des difficultés économiques et a une dette en forte progression. La banque franco-américaine Lazard a été choisie par les autorités pour les aider à restructurer les finances publiques.

Retrouvez le premier volet de notre enquête :Guyana et Suriname, au large de l'Amazonie le pétrole de tous les possibles

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