Chronique

Atos, l’inquiétante descente aux enfers du géant français du numérique

Histoires économiques, la chronique d'Emmanuel Duteil, directeur de la rédaction de L'Usine Nouvelle, avec France Inter.

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Datacenter de calcul intensif
Dans un datacenter d'Atos.

Atos, c’est tout simplement un géant mondial. C’est par exemple l’un des leaders européens du cloud, de la cybersécurité et le seul constructeur en Europe de supercalculateurs. Des activités capitales pour préparer l'avenir. Le mot n’est pas galvaudé : Atos c’est une partie de la souveraineté française sur ces métiers. Ses concurrents s’appellent par exemple IBM. Aujourd'hui le groupe emploie plus de 100 000 personnes dans le monde. Il est pourtant en plein déconfiture. Et risque d'être vendu par petits bouts.

Atos a vu trop gros, trop vite

Pourquoi rien ne va plus ? Entre 2009 et 2019, Thierry Breton a transformé l’entreprise à coup de rachats de concurrents. La stratégie semblait fonctionner. En tout cas, tout le monde l'applaudissait. Mais à peine deux ans après son départ pour un poste de commissaire européen à Bruxelles, en 2021, c'est la douche froide. Rien ne va plus.

De l'avis de tous – aujourd’hui – le groupe aurait vu trop gros et trop vite. Les performances promises ne sont pas là. Le retour sur terre est douloureux : les patrons valsent, plus personne ne comprend la stratégie, le mur de la dette ne cesse de grandir et de se rapprocher. Et comme toujours dans ce cas-là, les vautours arrivent à vitesse grand V pour manger à vil prix les activités les plus rentables.

Un énorme gâchis à l'horizon

Ce qui explique pourquoi le groupe va être vendu bout par bout. Atos s’est déjà scindé en deux avec, en vulgarisant, d’un côté, tout ce qui fonctionne – en tout cas tout ce qui a de la valeur, comme la cybersécurité et les supercalculateurs – et de l’autre... le reste. Le reste ce sont les activités traditionnelles de services informatiques pour entreprises et administrations. C’est le Tchèque Daniel Krestinsky – qui investit en ce moment partout, on peut citer Casino ou la Fnac – qui voulait acheter ces actifs. Mais voilà : les discussions sont mal engagées. Il considère que c’est trop cher.

En revanche, pour les activités rentables, il y a pléthores de candidats. Mais, c’est aussi plus compliqué. Pour le gouvernement, pas question de donner les supercalculateurs, qui servent par exemple à la dissuasion nucléaire, au premier venu. C’est bien pour cela que c’est Airbus, bien poussé par Bercy, qui est en lice pour reprendre cette division. Les discussions pourraient aboutir dans les mois à venir.

Quoi qu’il advienne, cela donnera l’impression d’un énorme gâchis. Qui nous rappellera, après l’effondrement de Bull ou d’Alcatel, qu’une fois de plus nous sommes incapables de créer des géants dans ces secteurs de la tech. C’est dommage : c’est l’avenir !

Retrouvez cette chronique, et les précédentes, sur le site de France Inter. 

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