Depuis l'annonce de sa scission en 2022, le groupe de services informatiques français Atos défraie la chronique. Valse des dirigeants, pression des actionnaires, défilé de prétendants à sa reprise... Pas une semaine ne passe sans de nouveaux rebondissements. L'Usine Nouvelle vous propose de revenir sur la chute d'Atos en cinq dates clés.
31 octobre 2019 – Après une décennie, Thierry Breton quitte la présidence d’Atos
«Tous les ans, des milliers de nouveaux collaborateurs nous rejoignent. Nos processus font qu’ils se sentent à l’aise et, in fine, que les acquisitions génèrent plus de valeur, plus de croissance et plus de technologie au service de nos clients.» En 2017, Thierry Breton, alors PDG d’Atos, résumait sa stratégie basée sur la croissance externe dans un entretien à L’Usine Nouvelle. Sous sa gouvernance de 2009 à 2019, l’entreprise a changé de dimension en doublant sa taille et en multipliant par huit sa capitalisation boursière, sans diluer les actionnaires. Une performance qui lui a permis d'intégrer le CAC40 en 2017.
À son arrivée en février 2009, l’ancien PDG de France Télécom entreprend le rachat de plusieurs divisions informatiques de grands groupes mondiaux comme celle de l’allemand Siemens (2010) ou de l’américain Xerox (2014) avant de mettre la main sur le producteur informatique français Bull (2014). L’opération lui permet d'augmenter son portefeuille de brevets et de se positionner comme l'un des premiers acteurs mondiaux des supercalculateurs.
Même si elle se veut vertueuse, cette croissance effrénée est critiquée en interne. «Atos a trop longtemps tiré ses résultats au maximum», confiait au Monde une source proche du conseil d’administration en 2022. A partir de 2020, le groupe se réorganise en interne pour repenser son offre vers ses activités à forte croissance mais doit procéder à une dépréciation d'actifs de 2,4 milliards d'euros en 2021. Son chiffre d'affaires chute de 2,5% sur l'année alors que sa marge opérationnelle est également en baisse.
17 septembre 2021 – En chute libre, le groupe quitte le CAC40
Presque deux ans après le départ de Thierry Breton, Atos est en difficulté. Du mois de janvier à la fin de l’été 2021, son action passe de 79 à 42 euros. Le 9 septembre sa sortie du CAC40 est finalement officialisée.
Atos paye au prix fort une série de déconvenues qui ont miné la confiance des marchés. Il y a d’abord eu le rachat annulé de l’entreprise américaine DXC Technology, dont les activités d’infogérance et d’infrastructure informatique sont concurrencées par l'usage du cloud par les entreprises.
Le deuxième bémol pour les investisseurs est arrivé début 2021 quand des commissaires aux comptes ont émis des «réserves» sur les résultats de deux filiales américaines du groupe avant de les valider.
Enfin au cours de l’été 2021, Atos a envoyé un courrier à ses actionnaires pour les prévenir que ses résultats seraient en deçà de ses prévisions avec une marge opérationnelle de 6% au lieu de 9% et un chiffre d’affaires stable au lieu des 3,5 à 4% d’augmentation prévus.
15 juin 2022 – La découpe d’Atos est enclenchée
Évoquée depuis l’automne 2021, la scission en deux des activités d’Atos est révélée aux investisseurs le 15 juin 2022. L’opération s’inscrit dans un plan de réorganisation dont le coût est alors estimé à 1,6 milliard d’euros qui doit permettre au groupe de retrouver des marges de manœuvre.
Les activités porteuses, le digital et BDS (big data et sécurité) sont regroupées dans une entreprise appelée Eviden qui serait cotée en bourse. De leur côté, les activités d’infogérance, qui plombent les résultats du groupe, seraient versées dans une autre appelée Tech Foundations.
Atos veut alors s’inspirer de la méthode d’IBM qui s’est recentré sur la data et le cloud en se séparant de ses activités de services informatiques traditionnelles. L’opération s’accompagne de la vente d’actifs non stratégiques d'une valeur d'environ 700 millions d'euros. Elle est mal reçue par les marchés et l’action d'Atos perd plus de 20% de sa valeur le jour de l’annonce.
Dans la foulée, Rodolphe Belmer quitte son poste de directeur-général du groupe. Selon Reuters, le dirigeant serait en froid avec son conseil d’administration sur l’avenir de BDS. Il souhaitait vendre cette activité alors que le conseil d'administration voulait la conserver. C'est le début d'une valse de dirigeants.
Juin à octobre 2023 – La valse des chefs
Dans les mois qui suivent l’annonce de la scission, des candidats à la reprise d’Eviden sont évoqués comme Onepoint ou Airbus mais en août se produit un coup de théâtre. Ce n’est plus Eviden qui serait sacrifiée mais Tech Foundations, qui regroupe les activités historiques du groupe.
Le milliardaire tchèque Daniel Kretinsky conclut un accord pour une option d’achat de Tech Foundations à 1 euro symbolique. A la manœuvre, Bertrand Meunier, président du conseil d’administration d’Atos depuis 2019, souhaite créer de la valeur en recentrant le groupe sur les activités digital, data et cybersécurité à forte valeur ajoutée et éviter de devoir redresser les comptes de Tech Foundations, passablement endetté.
Le plan de Bertrand Meunier ne passe pas auprès de plusieurs actionnaires minoritaires qui jugent la transaction trop favorable à Daniel Kretinsky. Les fonds CIAM et Alix AM portent plainte devant le Parquet national financier (PNF) et Bertrand Meunier démissionne le 16 octobre. Quelques jours avant, un nouveau directeur général avait été nommé en remplacement de Rodolphe Belmer, dont le poste était vacant depuis plus d’un an. Il s’agit d'Yves Bernaert, l’ancien patron du groupe américain de services du numérique Accenture en Europe. Administrateur depuis mai 2023, Jean-Pierre Mustier remplace, lui, Bertrand Meunier à la tête du conseil d'administration.
A la même période, l’UDAAC, association de défense d’actionnaires minoritaires d’Atos, cible cinq administrateurs pour leur gestion du groupe et assigne Atos en référé pour revoir la composition du conseil d’administration. L'audience au Tribunal du Commerce de Nanterre est prévue le 20 janvier. Spectateur des difficultés du groupe, l’Etat refuse la nationalisation temporaire d’Atos pour protéger ses technologies sensibles pour la défense nationale mais promet de «ne jamais laisser Atos aller au tapis» et de se tenir prêt à soutenir un plan de recapitalisation.
Début 2024 – Atos fragilisé, les candidats au rachat sont là
Début 2024, l’action d’Atos ne vaut plus que 4 euros contre plus de 80 euros en 2020. Le groupe endetté à hauteur de 5 milliards d’euros parait plus fragile que jamais. Le cabinet de conseil en numérique Onepoint a fait une percée en annonçant le 13 décembre détenir 11,4% des actions et des droits de vente du groupe. En parallèle, la direction entre en négociations avancées avec Airbus pour une cession des activités BDS d'Atos sur la base d'une valeur de cette division entre 1,5 et 1,8 milliard d’euros. Cette vente répondrait aux exigences de souveraineté du gouvernement français. De son côté, la vente de Tech Foundations à EPEI, le groupe de Daniel Kretinsky, serait au point mort. Les discussions pour en négocier certains termes comme le prix en faveur d'Atos s'avèrent plus compliquées et longues que prévues. Des rumeurs prêtent au groupe canadien de services numériques CGI un intérêt pour le rachat du digital, c'est-à-dire des activités d'Eviden hors BDS. Si tous ces projets de cessions aboutissaient, cela signerait la fin d'Atos.



