Le groupe de services du numérique Atos confirme mercredi 8 mars à L’Usine Nouvelle étudier plusieurs marques d’intérêt, dont celle de l’homme d’affaires tchèque Daniel Kretinsky, pour son activité d’infogérance traditionnelle, logée aujourd’hui dans la division Tech Foundations. Le groupe précise que les discussions ne sont pas à un stade suffisamment avancé pour qu’il communique officiellement là-dessus, comme il l’avait fait récemment sur ses discussions avec Airbus au sujet des activités numérique, big data et sécurité, logées dans sa division Evidian.
L’homme d’affaires tchèque souhaite-il juste investir dans le futur Atos, formé par la division actuelle Tech Foundations, ou envisage-t-il d’en prendre le contrôle? «Tout cela est l’objet des discussions en cours, indique un porte-parole d’Atos à L’Usine Nouvelle. Mais ces discussions ne remettent absolument pas en cause le plan de scission, qui avance comme prévu.»
Optimisation du périmètre d'activités
Ce plan prévoit la scission et l’introduction en Bourse d’Evidian au second semestre 2023. Environ 70% des actions d’Evidian seront distribués aux actionnaires d’Atos, tandis que les 30% restants seront monétisés pour financer la transformation du futur Atos, concentré sur l’activité historique d’infogérance Tech Foundations. Ce sont ces 30% des parts dans Evidian qui font l’objet de discussions avec Airbus.
L’activité Tech Foundations représente un effectif d’environ 50 000 personnes et un chiffre d’affaires de 6 milliards d’euros en 2022. Elle semble en voie de redressement avec une baisse de «seulement» 1,6% de son chiffre d'affaires en 2022 à périmètre et taux de change constants, contre un plongeon de 11,4% en 2021. La direction est engagée dans une optimisation de son périmètre avec la cession des activités jugées non stratégiques (services de gestion de process, vente de matériels et logiciels, et services de communications unifiées) représentant un chiffre d’affaires annuel d’environ 700 millions d’euros. Ce programme de cessions est réalisé aujourd’hui à 80%.
Un déficit d'envergure mondiale?
Le marché des services d’infogérance est en pleine mutation en raison de la migration des entreprises vers le cloud public. Ce bouleversement a contraint des géants mondiaux comme IBM et HP à tirer leur révérence, tandis que d’autres acteurs ont choisi de se regrouper. Le futur Atos a-t-il la taille critique pour tenir sur ce marché compliqué, dominé par des mastodontes américains comme Accenture ou Kyndryl, japonais comme Fujitsu ou NTT, et indiens comme TCS, Infosys ou Wipro? Franck Nassah, analyste-consultant au cabinet PAC, se montre pour le moins septique. «Malgré le rachat aux Etats-Unis d’IT Xerox en 2015, Atos reste centré encore en Europe, affirme-t-il à L’Usine Nouvelle. Il n’a pas l’envergure d’un Capgemini, par exemple, pour mener de gros projets à l’échelle mondiale. Et il est handicapé par son positionnement sur les services liés à l’infrastructure, un segment de marché aujourd’hui morose à cause de la migration des clients vers le cloud, alors que l’opportunité de croissance se trouve dans les services liés aux applications.»
Autrement dit, le futur Atos aura besoin de se transformer pour se positionner sur les segments porteurs de la transformation numérique, ou de s’adosser à un autre acteur du marché. Des discussions pour le rachat de l'américain DXC Technology n'ont pas abouti en 2021. Elles semblent avoir repris cette année. Mais la concrétisation d'un tel projet nécessite le soutien d'un investisseur. C'est peut-être la raison de la marque d'intérêt de Daniel Kretinsky, qui pourrait ainsi contribuer à la création d'un grand groupe mondial de services du numérique.



