Après plusieurs mois de suspense, Airbus pourrait finalement remporter le morceau. Atos a annoncé, jeudi 15 février, être entré en discussion avec l’avionneur en vue de céder 30% d’Evidian, la nouvelle société du groupe informatique tricolore regroupant ses activités dans le big data, la cybersécurité et les supercalculateurs. Un temps dans la course pour cette opération, Thales – qui ne s’intéresse qu’à une partie d’Evidian – et Orange semblent désormais distancés. Le groupe aéronautique avait d’ailleurs confirmé son intérêt pour cette société au début de l’année 2023.
Pourquoi Airbus s’intéresse-t-il tant à Evidian? Le groupe cherche à dépasser son métier historique de constructeur pour aller vers le développement de services et de systèmes connectés. «Nous avons beaucoup d’activités complémentaires et de synergies avec Evidian, a relevé Guillaume Faury, le président exécutif d’Airbus, à la présentation des résultats annuels du groupe. L’aviation commerciale, la défense et le spatial sont des secteurs de plus en plus digitalisés, pour les besoins liés à la connectivité, la sécurisation des données, le calcul à haute intensité, la simulation numérique ou bien encore le calcul quantique. Toutes ces technologies sont très importantes pour Airbus. Atos est un partenaire historique et nous cherchons à établir un partenariat renforcé, qui fasse du sens.»
Airbus et Evidian, un tandem qui reste à réaliser
Airbus est en particulier intéressé par Evidian pour gagner en compétence dans le développement du cloud de combat du système de combat aérien du futur (Scaf). Ce programme majeur vise la mise en œuvre d’un avion de combat nouvelle génération (New génération fighter, NGF), qui prendra le relais du Rafale et de l'Eurofighter à l'horizon 2040, auquel sera associé un cloud assurant l’interopérabilité avec des systèmes d'armements reliés en réseau. Et si Dassault Aviation est à la manœuvre pour l’appareil, Airbus est responsable pour le cloud de combat (avec Thales et l’espagnol Indra Sistemas) et les drones-missiles intégrés au système (avec le français MBDA et l’espagnol Satnus).
«Le vrai intérêt d’Airbus dans Evidian, c’est le Scaf, confirme une source proche du dossier. Airbus est en charge de toutes les communications entre les différents systèmes, qui reposent sur le cloud de combat. Il y a l’avion en lui-même, mais aussi les drones, les satellites, les segments au sol. Avec cette prise de participation, Airbus va pouvoir gagner en compétences par rapport à Dassault Aviation.» Chez Airbus, on se refuse pour l’heure de fournir la moindre précision concernant le calendrier possible de l’opération ainsi que son montant. Au-delà de ce projet majeur, l'avionneur cherche aussi à développer ses activités de services, y compris dans le civil pour l'exploitation des flottes d'avions et d'hélicoptères, bien plus lucratives que la fabrication d'appareils.
Pour autant, la prise de participation d’Airbus n’est pas encore assurée. «Nous n’en sommes qu’au début», a confié Guillaume Faury, qui se refuse à fournir une estimation du montant qui devrait être investi. Si Atos juge que l’offre d’Airbus est «cohérente» avec le plan annoncé mi-juin 2022 pour permettre au groupe de se remettre sur les rails, incluant la création d’Evidian, le groupe souligne qu’il ne prévoit pas d’accorder une exclusivité à Airbus. «Aucune certitude ne peut être apportée quant à l’issue des négociations et à la conclusion d'un ensemble d'accords définitifs entre les parties», tient à mentionner le groupe d’informatique. Le tandem doit encore voir le jour.



