Atos change de tête pour s’appliquer un traitement de choc à la façon d’IBM

Bousculé par le numérique et le cloud, le groupe français de services numérique Atos est contraint de changer de tête. La mission du futur directeur général s’annonce délicate. Il devra extirper l’entreprise du marasme en lui administrant le même type de traitement de choc que celui appliqué à IBM.

 

Réservé aux abonnés
ATOS
Atos au devant d'une transformation radicale.

Atos choisit le traitement de choc. Le groupe français de services du numérique, qui compte 106 600 salariés dans le monde, dont 16 500 en France, se dote d'un nouveau directeur général en la personne de Rodolphe Belmer, aujourd’hui patron de l’opérateur satellitaire Eutelsat. Il prendra ses nouvelles fonctions d’ici le 20 janvier 2022 en remplacement d’Elie Girard, en poste depuis novembre 2019. La mission de ce HEC de 52 ans, qui est passé par Procter & Gamble, MacKinsey et France Télévision, et qui a dirigé Canal+ et Vivendi Contents, s’annonce d’ores et déjà délicate. Ce changement est néanmoins applaudi en Bourse avec un gain du cours de l'action de plus de 2 % aujourd'hui.

La situation d’Atos devient critique. Face à la vague du numérique et du cloud, le groupe voit son activité traditionnelle d’infogérance s’enfoncer inéluctablement dans la crise. Sous l’ère de Thierry de Breton, PDG de 2008 à 2019, il a fait du numérique et du cloud une opportunité. Une transformation que son successeur Elie Girard a tenté d’accélérer. Les résultats sont impressionnants. La part du chiffre d’affaires réalisée dans les activités d’avenir (digital, cloud, cybersécurité et décarbonation) est passée de 13 % en 2016 à 52 % aujourd’hui, et l’objectif est de tendre vers 70 % à moyen terme.

Effondrement en Bourse

Mais au regard de l’ampleur de la transformation numérique de l’économie, ces progrès ne semblent pas assez rapides pour stabiliser les résultats du groupe. Le développement des activités d’avenir peine toujours à compenser le recul persistant des activités du passé. Et pour ne rien arranger, Elie Girard a dû faire face à la crise du Covid-19 qui a accéléré le virage des entreprises vers le cloud, pénalisant encore plus fortement l’activité d’infogérance. Ce qui se traduit par un recul du chiffre d’affaires organique pendant sept trimestres consécutifs, provoquant un effondrement en Bourse.

La chute en Bourse a commencé en 2017 sous la direction de Thierry Breton. Depuis le pic de novembre 2017, la capitalisation boursière a été divisée par trois. Depuis qu’Elie Girard a pris les rênes de l’entreprise en 2019, elle a perdu 35 % de sa valeur. Une dégringolade sanctionnée par la sortie  en septembre 2021 du CAC 40, l’indice phare de la Bourse de Paris. La capitalisation boursière se situe aujourd’hui en dessous de 5 milliards d’euros, faisant d’Atos une cible de choix pour une OPA. Une situation qui fait craindre à Bercy que le groupe français, l'un des deux fleurons nationaux du numérique aux cotés de Capgemini, tombe entre les mains de prédateurs étrangers.

Pour mener sa transformation, Atos a suivi une stratégie offensive d’acquisitions ciblées dans le digital, le cloud, la cybersécurité, le big data, l’analytique ou encore l’intelligence artificielle. Il a mené ainsi pas moins de dix opérations en 2020 et sept depuis le début de l’année 2021 représentant un chiffre d’affaires annuel additionnel d’environ 400 millions d’euros. Mais cette stratégie a eu pour effet de masquer les difficultés structurelles du groupe.

Le syndrome d'IBM

Atos est rattrapé par le syndrome d’IBM, premier groupe mondial de services numériques en difficulté depuis 2012 à cause justement des mêmes maux : la bascule vers le digital et le cloud. Pour sortir de la crise, le nouveau patron du vétéran américain de l’informatique, Arvind Krishna, a choisi de se séparer de l’infogérance et de se recentrer sur la data et le cloud hybride. D’ici à la fin de l’année, son activité d’infogérance deviendra une société indépendante sous le nom Kyndryl.

C’est ce traitement de choc qu’Elie Girard a esquissé pour Atos lors de la présentation des résultats trimestriels le 21 octobre 2021 aux analystes. Des repreneurs sont recherchés pour deux activités : les communications unifiées (400 millions d’euros de chiffre d’affaires) et les services banalisés d’hébergement et d’infrastructure (1,2 milliard d’euros de chiffre d’affaires). Comme IBM, l’objectif est de se recentrer sur la data et le multicloud en s’appuyant sur des partenaires stratégiques dans le cloud, dont Amazon, Microsoft, Google, OVHcloud, SAP et Salesforce. Il appartiendra au futur directeur général de mettre en œuvre ce plan.

Newsletter La Quotidienne
Nos journalistes sélectionnent pour vous les articles essentiels de votre secteur.