La chasse aux subventions publiques des plans hydrogène européens est ouverte. Notamment celles du programme IPCEI (Projet important d’intérêt européen commun) qui - dans des domaines précis comme les batteries ou les nanotechnologies - permet aux gouvernements de financer beaucoup plus largement des projets industriels que le cadre réglementaire européen habituel. Dans son plan hydrogène de 7 milliards, la France a prévu 1,5 milliard pour les projets IPCEI. En juillet 2020, déjà 15 dossiers étaient sur la table du gouvernement, alors que l’IPCEI hydrogène n’était pas encore acté. C’est aujourd’hui quasi fait.
Et même les industriels qui ne croyaient pas trop à l’hydrogène vert entendent en profiter. En janvier, Total a dévoilé son projet de production d’hydrogène vert dans sa raffinerie de La Mède (Bouches-du-Rhône) avec Engie. En février, Air Liquide annonçait un partenariat avec Siemens Energy, et déposait une demande de financement IPCEI allemand pour développer des électrolyseurs de grande capacité. Air Liquide a également déposé une demande de financement IPCEI français pour la production d’hydrogène vert à Port-Jérôme-sur-Seine (Seine-Maritime). Le 17 mars, Air Liquide toujours, mais avec ArcelorMittal, a annoncé avoir signé un accord "pour accélérer la décarbonation de la production d’acier" dans le bassin de Dunkerque (Nord). Ils ont, eux aussi, déposé une demande de financement IPCEI.
Hydrogène décarboné et captage de CO2
Air Liquide reste très discret sur les solutions qu'il compte mettre en œuvre pour aider ArcelorMittal à produire de l’acier vert. On saura juste que le numéro deux mondial du gaz industriel compte développer "des solutions innovantes impliquant l’usage d’hydrogène bas carbone et des technologies de captage de CO2". Et qu’il pense capitaliser sur sa solution de captage de dioxyde de carbone cryogénique Cryocap, utilisée depuis 2015 sur son site de production d’hydrogène à Port-Jérôme.

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ArcelorMittal est plus précis dans son nouveau projet de production d’acier vert, qui contribuera à réduire les émissions annuelles de CO2 de son site de Dunkerque de 2,85 millions de tonnes d’ici à 2030. Après avoir annoncé le doublement du recyclage de ferraille pour arriver à 2 millions de tonnes en 2022, et lancé deux projets pilotes pour la voie "smart carbon" de production d’acier vert (le pilote Igar, pour remplacer le charbon par des gaz sidérurgiques captés, purifiés puis réinjectés dans le haut-fourneau, et le démonstrateur 3D de captage de CO2 avec Total), l’aciériste va installer une unité électrique.
Réduction directe du minerai et four à arc immergé
D’une puissance de production de 2 millions de tonnes de fonte par an, elle combinera deux technologies bas carbone "dans des dimensions inédites à ce jour", la réduction directe du fer (DRI) et le four à arc immergé. La première remplace le carbone du charbon métallurgique par un gaz, méthane ou hydrogène. En attendant de disposer d'assez d’hydrogène décarboné, ArcelorMittal envisage d’alimenter son unité DRI avec du gaz.
Le four à arc immergé permet, lui, de produire une fonte compatible avec les différentes nuances d’acier plat requises par l’industrie (contrairement au four électrique classique utilisé pour le recyclage des ferrailles, qui ne permet que de produire des aciers pour les produits longs comme les rails, les poutres…). Après incorporation de ferraille recyclée, l’unité nordiste aura une capacité de 2,3 millions de tonnes d’acier bas carbone par an. Avec ses hauts-fourneaux, le site de Dunkerque produit actuellement 6,5 à 6,7 millions de tonnes d’acier par an.
Mais sans financements publics, ce projet d’acier vert ne verra pas le jour. "Nous comptons sur le soutien fort des autorités françaises et européennes pour décarboner l'industrie de l’acier et nous espérons que ce projet recevra le soutien dont il a besoin pour permettre une réduction à grande échelle des émissions de CO2", plaide le directeur général d’ArcelorMittal Europe, Geert van Poelvoorde, dans un communiqué. La balle est dans le camp de l'Europe et du gouvernement.



