ArcelorMittal Méditerranée évoque «un investissement clé pour l’avenir du site de Fos-sur-Mer» dans un environnement international inquiétant pour la sidérurgie européenne. L'entreprise lancera avant la fin de ce 1er trimestre 2025 la modernisation de son haut-fourneau n°1 afin d’en prolonger la durée de vie et lui permettre de prendre le relais, au 1er semestre 2026, du haut-fourneau n°2, le seul actuellement en production.
Cette première tranche d’investissement s’élève à 18,3 millions d’euros, mais le programme global de réfection est estimé à 53 millions d’euros. La reprise prochaine d’un fonctionnement à deux hauts-fourneaux n’est pas envisagée, le besoin du marché restant équivalent, pour l’entreprise, à un seul haut-fourneau. Cela est dû à des surcapacités mondiales et à des importations à des prix inférieurs aux siens, faute de protection par l’Union européenne de ses sites sidérurgiques. Dans ce contexte incertain, le groupe indien vient de mettre à l'arrêt son principal haut-fourneau de Dunkerque (Nord) pendant près de trois mois. Cette décision s'inscrit dans le cadre d'un programme de maintenance de 254 millions d'euros, qui ne dissipe pas les inquiétudes sur l'avenir du site nordiste à terme.
Pour le directeur d’ArcelorMittal Méditerranée, François Sgro, c’est néanmoins une annonce importante pour les salariés et le tissu économique, le chantier pourrait mobiliser jusqu’à 300 personnes. Les commandes d’équipements devraient débuter «dans les prochains jours» et les travaux impliqueront «des entreprises régionales, nationales et internationales».
Un outil à sécuriser
L’objectif est de sécuriser le haut-fourneau 1 à travers diverses opérations visant à renforcer le confinement de la cuve par le remplacement ou la réparation de plaques de protection, à la suite d’un diagnostic opéré dès septembre 2024. Le chantier consiste aussi à intervenir sur les tours aéroréfrigérantes, les machines des planchers de coulée et les équipements d’épuration, de montée en température (cowpers), d’enfournement… Il est également envisagé la remise en état du process de granulation du laitier de haut-fourneau pour en améliorer les perspectives de valorisation. ArcelorMittal Méditerranée porte seul cet investissement, sans appui public au financement de ce projet, contrairement à la réalisation du four poche (15 millions d’euros de France 2030 opéré par l’Ademe sur 76 millions d’euros investis), inauguré le 26 septembre dernier, ou la réduction des émissions dans l’atmosphère de 40% à l’Agglomération (5,1 millions d’euros du Fonds européen Feder sur 28,5 millions d’euros).
Un effort à prolonger
Alors que des élus locaux se sont inquiétés des répercussions à Fos-sur-Mer des difficultés que subit la sidérurgie, l’annonce d’ArcelorMittal Méditerranée vient les rassurer provisoirement sur sa volonté de continuer à se moderniser. D’autant plus qu’elle suit celle du groupe Marcegaglia, repreneur d’Ascometal à Fos, de conforter ses investissements de production sur son installation à 2027 avec des embauches à la clé. Le maire de Fos-sur-Mer, René Raimondi, espère qu’ArcelorMittal Méditerranée accentuera sa décarbonation promise avec sa transition vers un four à arc électrique à l’horizon 2030 indispensable à sa neutralité carbone en 2050. Pour y parvenir, «l’acier européen doit être protégé» aux yeux de l’élu. Le groupe a en effet suspendu sa décision d’investissement, même si la direction de Fos assure continuer à travailler aux études et à toutes les étapes préparatoires nécessaires.
Pour les syndicats de salariés, le projet devrait aussi apporter un léger soulagement après les propos en février du président d’ArcelorMittal France, relatifs à l’exposition de chaque site européen à un «risque» de fermeture. Un plan de réduction d’effectif de 10% concerne l’unité fosséenne où travaillent 2500 salariés. «La mobilité a démarré, avec un bon taux de personnes ayant candidaté sur des postes ouverts, mais il est trop tôt pour donner des chiffres précis» indique un porte-parole du site. Les contrats d’apprentissage en cours ne sont pas interrompus, la campagne de recrutements d’apprentis va être lancée pour la rentrée prochaine, «possiblement avec un nombre un peu réduit d’alternants».



