Après trois années compliquées, Intel entrevoit le bout du tunnel

Pour la troisième année consécutive, le champion américain des semi-conducteurs Intel présente des résultats en berne. Mais il entrevoit un solide rebond en 2024, et espère se replacer en tête de la course mondiale dans les technologies de production de puces en 2025.

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Pat Gelsinger, CEO d'Intel
Le directeur général, Pat Gelsinger, fier d'avoir stoppé la dégringolade d'Intel

Le déclin d’Intel se poursuit pour la troisième année consécutive. En 2023, le champion américain des semi-conducteurs, roi des microprocesseurs X86 au cœur de l’écrasante majorité des PC, serveurs et supercalculateurs, affiche un chiffre d’affaires en contraction de 14% à 54,2 milliards de dollars, inférieur de 30% à son pic de 77,9 milliards de dollars en 2020. Côté profitabilité, il sauve les meubles de justesse avec un bénéfice d’exploitation de 93 millions de dollars, grâce à un sévère plan d’économie de 3 milliards de dollars sur l'année écoulée.

Le directeur général, Pat Gelsinger, peut se targuer d’avoir stoppé l'hémorragie et tourné le dos à six trimestres consécutifs de déficit, où le groupe a cumulé près de 4,5 milliards de dollars de pertes d’exploitation. «2023 était définitivement une année où nous avons fait ce que nous avions dit que nous ferions et plus encore, souligne-t-il lors du commentaire des résultats aux analystes et médias le 25 janvier. Nous avons l'intention de faire en 2024 une autre année de ce genre. Et lorsque nous envisageons les 12 prochains mois, nous sommes convaincus que nous pouvons continuer à générer des progrès considérables».

Projections moroses pour le premier trimestre 2024

La réaction de la Bourse de New York, où la société est cotée, reste mesurée avec un gain du cours de l’action de seulement 1%. Les investisseurs voient d'un mauvais oeil les projections moroses fournies par la direction pour le premier trimestre 2024 en raison du phénomène violent de correction du niveau des stocks de semi-conducteurs dans certains débouchés comme l’automobile. Mais Pat Gelsinger assure que ce phénomène reste transitoire et promet une reprise d’une forte croissance en 2024, tant du chiffre d’affaires que des bénéfices. Selon les prévisions de S&P Global Market Intelligence, Intel pourrait clore 2024 avec un chiffre d’affaires de 60,7 milliards de dollars, en bond de 12%, et un bénéfice net de 3,9 milliards de dollars, contre 1,7 milliard de dollars en 2023.

Malgré ses déboires financiers, Intel a réussi en 2023 à reprendre à Samsung son titre de numéro un mondial des semi-conducteurs selon le cabinet Gartner. Un résultat qu’il doit à l’effondrement du fabricant sud-coréen, victime d’une crise sans précédent des puces mémoires. En Bourse, il est désormais dépassé non seulement par Nvidia, la nouvelle coqueluche par excellence des investisseurs, mais aussi par Broadcom et AMD, son challenger dans les microprocesseurs X86 pour PC, serveurs et supercalculateurs.

Pat Gelsinger se console par les progrès de sa feuille de route technologique visant à propulser Intel en tête de la course de la loi de Moore en 2025. C’est l’objectif clé de la stratégie IDM 2.0 annoncée en mars 2021 par Pat Gelsinger. Après avoir été toujours en tête dans les technologies de production de puces, Intel s’est laissé devancer ces huit dernières années par les deux plus gros fondeurs mondiaux de semi-conducteurs : le taiwanais TSMC et le sud-coréen Samsung.

Cinq miniaturisations en quatre ans

Le directeur général semble en train de réussir son pari de lancer cinq miniaturisations de ses processus de fabrication en quatre ans. Après les technologies Intel 7 et Intel 4, le groupe de San Jose se prépare à mettre en production sa technologie Intel 3 au premier semestre 2024, ce qui le mettrait à parité avec TSMC et Samsung. Cela devrait être suivi par le lancement de la technologie Intel 20A cette année puis Intel 18A en 2025. «Nous entrons dans l’ère de l’Angström», souligne Pat Gelsinger, alors que TSMC et Samsung parlent encore en nanomètre.

Cette course technologique est au service d’une ambition chère à Pat Gesinger : se hisser en 2030 à la deuxième place mondiale dans les services de fonderie de semi-conducteurs, c’est-à-dire de fabrication de puces en sous-traitance, derrière TSMC. La division Intel Foundry Services (IFS), dédiée à cette activité, a été lancée en mars 2021. A partir du début de 2024, elle offre ses services de fabrication à Intel sur un pied d’égalité avec les clients extérieurs. Elle se targue d’avoir séduit aujourd’hui 75 partenaires et clients pour une opportunité d’affaires estimée à 10 milliards de dollars. «Je suis incroyablement fier de nos employés, dont l'engagement et la persévérance ont été déterminants dans la mise en œuvre de notre stratégie ambitieuse, se félicite Pat Gelsinger. Ensemble, nous avons amélioré notre moteur d'exécution et sommes constamment sur la bonne voie ou en avance sur notre feuille de route de processus de fabrication et de produits.»

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