Malgré sa débâcle en Russie, Renault ne tire pas une croix sur les pays émergents. Mercredi 25 mai, lors de l’assemblée générale du groupe français, les dirigeants ont justifié leur décision radicale de quitter le marché russe. Pour compenser ce départ, le constructeur automobile lorgne d’autres débouchés à l’international.
Interrogé par un actionnaire sur la nécessité de ce départ, Luca de Meo a décrit une décision « difficile mais absolument nécessaire ». «Il est impossible aujourd’hui avec les sanctions internationales en vigueur et celles qui vont arriver d’opérer un constructeur automobile dans ce pays», a tranché le directeur général du groupe Renault. Selon lui, l’arrêt prolongé des usines russes faisait peser un risque de faillite sur les entreprises Avtovaz et Avtoframos. Une éventualité qui aurait menacé les postes des 45 000 ex-employés de Renault en Russie.
Vers une nouvelle offensive internationale ?
Faut-il croire à l’option de rachat de ces actifs au cours des six prochaines années, comme le prévoit l’accord négocié par Renault ? «S’agissant de notre capacité de retour, elle va se faire au même prix que celui qui nous a été donné pour sortir, c’est-à-dire pas grand chose», a évoqué Jean-Dominique Senard, le président du groupe. «La décision que nous aurons à prendre dépendra des circonstances, a-t-il ajouté. Il est bien trop tôt pour en parler.»
La crise russe a suscité de nombreux commentaires sur l’avenir du groupe et sa stratégie internationale. Privé de son deuxième plus gros marché, Renault voit-il son redressement menacé ?«L’équipe est déjà en place pour essayer de compenser le manque à gagner qui vient de la Russie à travers l’expansion et une stratégie de conquête dans d’autres marchés», a rassuré Luca de Meo. «Vous allez nous entendre parler d’Inde, d'Amérique du Sud, du nord de l’Afrique et notamment de l’Europe», a-t-il poursuivi. Un signe que le constructeur automobile ne compte pas se restreindre au Vieux Continent.

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L’impact de l’inflation trois fois plus élevé en 2022
Renault va devoir affronter d’autres difficultés. «La pénurie de semi-conducteurs pourrait se traduire en 2022 par un déficit de livraisons d’environ 300 000 véhicules pour le groupe Renault», a estimé Jean-Dominique Senard. En 2021, le constructeur avait déjà subi des pertes de production s’élevant à 500 000 unités. De son côté, Luca de Meo a décrit les phénomènes d’inflation qui devraient s’aggraver. «Pour 2022, l’impact cumulé de l’inflation du prix des matières premières, de l’énergie et des coûts de logistique est trois fois supérieur à 2021», a-t-il estimé.
«Ce monde que nous contrôlions ne reviendra pas», a prévenu le directeur général, évoquant les révolutions en cours dans le secteur automobile. «Ce basculement est aussi un moment d’opportunité», a encouragé Luca de Meo, faisant une fois de plus l’éloge de sa stratégie orientée vers la valeur plutôt que les volumes. Une stratégie qui passe par une augmentation du prix des véhicules… «Nous n’avons pas le choix. Nous allons donner la priorité à la profitabilité de Renault», a justifié le directeur général.
Le projet de scission « avance très bien »
Le redressement de Renault doit aussi passer par une offensive dans l’électrique. Plusieurs actionnaires ont interrogé les dirigeants sur le projet de séparer les activités du groupe dans l’électrique et le thermique. «C’est un projet de construction, pas de restructuration», a voulu rassurer Luca de Meo à propos de ce projet qui doit être présenté en détails à l’automne 2022. «Ces études avancent très bien. Elles confirment déjà le fort potentiel de l’opération et suscitent beaucoup de motivation au sein du groupe. Pour l’heure, toutes les options restent sur la table», a développé le directeur général.
Selon plusieurs sources proches du dossier citées par l’agence Reuters, Renault aurait reçu plusieurs marques d'intérêt en ce qui concerne la future entité potentielle dédiée au thermique. Parmi les potentiels partenaires de l'activité thermique, Luca de Meo avait évoqué en avril Nissan, d'autres groupes automobiles et des investisseurs de long terme. Le directeur général doit se rendre au Japon fin juin pour discuter d'une participation éventuelle de son partenaire japonais à ses projets d'entités électrique et thermique.
En parallèle, le groupe français scelle de nouvelles associations à côté de l’Alliance Renault-Nissan-Mitsubishi. Il a ainsi cédé début mai 34% de sa filiale sud-coréenne au chinois Geely Automobile Holdings, déjà propriétaire de Volvo Cars. Renault compte développer avec Geely des véhicules hybrides produits dans l'usine Renault de Busan dans un premier temps. «Nous pensons que la bonne méthode n'est pas de tout faire nous-mêmes mais d'adopter une approche horizontale», a expliqué Luca de Meo aux actionnaires.
Simon Chodorge, avec Reuters



