Après plusieurs mois de pression, Renault s'extirpe enfin du bourbier russe. Publié lundi 16 mai, un communiqué confirme que le groupe se retire du pays, selon les modalités évoquées il y a déjà quelques semaines par le ministre de l’Industrie et du Commerce de la Russie, Denis Manturov. Ainsi, la marque au Losange va céder sa participation de 67,69% dans Avtovaz, l'entreprise à la tête du constructeur Lada, à NAMI, un institut de recherche étatique qui gère l'homologation des nouveaux véhicules. L'usine que Renault détient seul sera quant à elle revendue aux dirigeants de la ville de Moscou.
Aucun montant n'est mentionné, mais plusieurs sources évoquaient récemment le prix d'un rouble symbolique... Une somme dérisoire, quand on sait que Renault avait annoncé fin mars une charge d'ajustement de 2,2 milliards d'euros sur ses résultats du premier trimestre 2022, dans l'éventualité d'un départ. C'est d'ailleurs à cette date que le groupe avait décidé de suspendre ses activités industrielles, et commencé à plancher sur l'avenir de sa filiale, dans laquelle il avait investi de manière continue au cours des quinze dernières années.
Un avenir flou
Obtenir un accord plus favorable aurait de toute façon été mission impossible, tant la situation paraissait bloquée. Renault ne pouvait en effet pas revendre ses parts à Rostec, le deuxième propriétaire d'Avtovaz, car la société figure sur la liste des entreprises visées par les sanctions occidentales engendrées par l'invasion de l'Ukraine. NAMI n'est pour sa part pas concerné par ces dernières, mais ne dispose pas des compétences nécessaires pour gérer cette activité. Dans les faits, Lada et sa maison-mère seront donc sûrement pilotés en sous-main par Rostec et le gouvernement russe, au moins dans un premier temps.

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L'accord prévoit en effet que Renault conserve la possibilité de racheter ses parts pendant une période de six ans. Denis Manturov avait toutefois adressé un avertissement au groupe français concernant un potentiel retour, une fois le climat international plus apaisé : « Si nous faisons des investissements pendant cette période, ils seront également pris en compte. Il n'y aura pas de cadeaux ». La production au sein desdites usines risque de toute façon de se révéler difficile. Outre les multiples tensions d'approvisionnement, de nombreux fournisseurs de Renault pourraient bien choisir de plier bagages à leur tour.
Un poids considérable
C'est ainsi probablement de manière durable que Renault devra se séparer de l'un de ses organes vitaux. En 2021, le constructeur a écoulé 482 264 véhicules en Russie, soit 18% de ses volumes mondiaux. Avec une part de marché de 28,8% dans le pays, il domine aussi les autres constructeurs, grâce à la marque Lada. Enfin, d’un point de vue financier, l’activité d’Avtovaz représentait à elle seule 2,8 milliards d’euros l'année dernière, soit 6,2% du chiffre d’affaires du groupe. Un poids qui avait poussé le groupe à revoir à la baisse ses perspectives financières annuelles dès le mois de mars, en visant désormais une marge opérationnelle de 3% pour 2022, contre plus de 4% précédemment.
« Aujourd’hui, nous avons pris une décision difficile mais nécessaire ; et nous faisons un choix responsable envers nos 45 000 salariés en Russie, tout en préservant la performance du Groupe et notre aptitude à revenir dans le pays à l’avenir, dans un contexte différent, a déclaré le PDG de Renault Luca de Meo, dans le communiqué. J’ai confiance dans la capacité de Renault Group à accélérer encore sa transformation et à dépasser ses objectifs moyen-terme ».



