Les constructeurs de poids lourds vont devoir se mettre à l’électrique eux aussi. Mardi 14 février, la Commission européenne a proposé de réduire de 90% les émissions de CO2 des camions neufs vendus dans l’Union européenne à partir de 2040. L’institution ne fixe pas encore de date butoir pour mettre complètement fin aux immatriculations de camions thermiques. Pour les écologistes, le texte manque cruellement d’ambition et met en péril l’objectif de neutralité carbone en 2050.
Les camions et les bus représentent une source colossale d’émissions. Alors qu’ils ne comptent que pour 2,5% des véhicules en circulation, ils pèsent 6% dans le bilan carbone total de l’Union européenne (un quart des émissions du transport routier). Le sujet presse d’autant plus que la Commission européenne décrit un recours de plus en plus important au transport routier. Et pour l’instant, l’électrification est une tendance anecdotique dans le segment des poids lourds : en 2021, 95,8% des camions immatriculés en Europe roulaient toujours au diesel.
Cap vers le zéro-émission pour les bus urbains
Les normes européennes actuelles prévoient de réduire de 25% les émissions de CO2 des camions neufs entre 2019 et 2025, et de 30% entre 2019 et 2030. La Commission européenne propose donc de durcir ces objectifs. Pour 2030, elle suggère de réduire les émissions de 45%, puis de 65% pour 2035 et enfin 90% pour 2040. Cette proposition concerne les camions au-delà de 5 tonnes et les bus longue distance au-delà de 7,5 tonnes.
À noter que la Commission prône un objectif plus ambitieux pour les bus urbains. Sur ce segment, elle souhaite que tous les véhicules immatriculés soient "zéro émission" dès 2030.
«Il appartiendra aux constructeurs de décider des technologies qu'ils utiliseront pour atteindre ces objectifs», indique la Commission européenne dans un communiqué. De facto, ces nouvelles normes font la part belle aux véhicules électriques à batterie et aux véhicules à hydrogène. Mais certaines filières, comme celle du bioéthanol, espèrent que les recherches sur les carburants synthétiques permettront de faire émerger d’autres alternatives compatibles avec les exigences européennes.
Démarrage des négociations
Cette proposition de la Commission européenne sonne le démarrage d’intenses négociations entre les États membres, les eurodéputés et les lobbyistes de tout poil. Comme à son habitude, le secteur automobile s’est dit volontariste tout en exprimant des réserves sur la faisabilité du plan. «Étant donné que les stations de recharge adaptées aux besoins spécifiques des camions sont quasiment introuvables aujourd'hui, le défi à relever est énorme», a commenté dans un communiqué Sigrid de Vries, directrice générale de l'Association des constructeurs européens d’automobiles (ACEA).
Dans le camp écologiste, on déplore que la Commission européenne ne fixe pas de date pour réduire à 100% les émissions des camions. «C’est un véritable problème. La Commission européenne n’acte pas la fin des véhicules thermiques. Nous allons avoir un parc à deux vitesses entre les véhicules particuliers et les camions», réagit Karima Delli, présidente de la commission transport et tourisme du Parlement européen.
De son côté, l’ONG Transport & Environment regrette des objectifs "peu ambitieux". «Les camions thermiques, principalement diesel, pourraient continuer à être vendus en Europe après 2040, et circuler bien après 2050. [...]. Si cette proposition était entérinée par les députés et les gouvernements nationaux, elle compromettrait l’atteinte de l’objectif zéro émission nette en 2050», argumente l’organisation.
Karima Delli souhaite fixer pour les camions la même date butoir que pour les véhicules particuliers : arrêter les ventes de motorisations thermiques neuves en 2035. Le 14 février, le Parlement européen a d’ailleurs approuvé définitivement la révision des normes anti-CO2 pour les voitures et les camionnettes neuves. Un texte historique qui suscite encore de nombreux doutes dans la filière automobile, quand bien même les constructeurs ont donné un coup d’accélérateur dans l’électrique pour tenir ces objectifs.
Les négociations devraient également porter sur les dérogations proposées par la Commission européenne. L’institution propose notamment d’exempter les constructeurs qui fabriquent des petits volumes de poids lourds. "L'impact environnemental et climatique d'une telle exemption sera très limité", explique l’institution. Autres véhicules protégés par la proposition : les poids lourds utilisés dans le secteur minier, forestier et agricole, et sans surprise les véhicules liés à des fonctions régaliennes (armée, secours, police…).



