Si les automobilistes européens commencent à délaisser la motorisation thermique pour des alternatives plus écologiques, la transition semble bien moins avancée dans le secteur des poids lourds. En 2021, le diesel alimentait toujours 95,8% des camions immatriculés dans l’Union européenne, contre 19,6% des voitures neuves particulières. Il y a pourtant urgence à décarboner la filière : les camions et les bus ne représentent que 2,5% des véhicules en circulation en Europe, mais sont responsables de plus de 25% des émissions de CO2 du transport routier.
Dans ce contexte, la Commission européenne prévoit la mise en place de normes environnementales plus restrictives. Dans le détail, le niveau moyen d'émissions des poids lourds neufs devra être réduit de 15% entre 2019 et 2025, puis de 30% dès 2030, sous peine de pénalités financières. De quoi pousser les constructeurs à tenter d'étoffer rapidement leur gamme de camions électriques à batteries (BEV). Tour d'horizon des divers projets des principaux acteurs à même de conquérir ce marché prometteur.
800 kilomètres d'autonomie pour le Tesla Semi
Après avoir chamboulé les vieilles habitudes de l'industrie automobile dans le véhicule particulier, l'américain Tesla veut réitérer cet exploit pour les poids lourds. Dévoilé en 2017, son camion électrique Semi peut parcourir jusqu'à 800 kilomètres sans s'arrêter, une autonomie nettement supérieure à celle aujourd'hui affichée par ses concurrents. Elon Musk assure d'ailleurs que seules 30 minutes seront nécessaires pour faire le plein à 70%, grâce à un réseau d'aires de recharge surpuissantes, recouvertes de panneaux solaires. Selon les calculs de National Grid Plc, le gestionnaire du réseau de transport britannique, celles-ci pourraient ainsi chacune consommer l'équivalent d'une petite ville américaine d'ici à 2035... Pas d'une grande sobriété.
Les premiers exemplaires de ce monstre de 37 tonnes, vendu 180 000 dollars l'unité dans sa version la plus performante, doivent être livrés au géant des boissons Pepsi à partir du 1er décembre. Malgré les multiples retards de calendrier, Walmart, DHL et FedEx ont eux aussi passé commande auprès de Tesla. Confiante quant au développement de ce projet, l'entreprise envisage de fabriquer 50 000 Semi chaque année à partir de 2024, en se cantonnant pour l'instant au marché nord-américain.

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Mars 2026
Polypropylène - 05-1-52 Chutes PP rigides naturelsVariation en €/tonne
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Avril 2026
Demi-produits X5 Cr Ni18-10 (1.4301) - Ecart d'alliage€/tonne
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Février 2026
Cours des matières premières importées - Pétrole brut Brent (Londres) en dollars$ USD/baril
Des camions électriques made in France
Parmi les principaux rivaux de Tesla figure notamment le constructeur Renault Trucks, qui appartient au groupe suédois Volvo depuis 2001. Son usine de Blainville-sur-Orne (Calvados), qui assemble depuis 2020 deux camions électriques de moyen tonnage (le D E-Tech de 16 tonnes et le D Wide E-Tech de 19 à 26 tonnes), a franchi mi-novembre le cap des 1 000 unités produites. Une cadence qui devrait rapidement s'accélérer: l'entreprise prévoit que les véhicules électriques représenteront 10% de ses volumes de ventes à horizon 2025, et 50% à horizon 2030.
Pour l'aider à atteindre cet objectif, la marque prévoit de lancer fin 2023 deux nouveaux modèles à batteries, le T E-Tech et le C E-Tech (l'un étant destiné au transport régional, l'autre au domaine de la construction). Fabriqués à Bourg-en-Bresse (Ain), ces deux poids lourds de 44 tonnes seront équipés de deux ou trois moteurs électriques, qui développeront une puissance combinée allant jusqu’à 490 kW (l’équivalent de 666 chevaux). Selon le constructeur, ils pourront parcourir jusqu’à 300 kilomètres en une seule charge et jusqu’à 500 kilomètres avec une recharge rapide intermédiaire (250 kW) d’une heure.
Volvo reste le leader incontesté
Sa filiale cousine, la marque Volvo, suit une trajectoire similaire. Commercialisés depuis 2019 et également assemblés à Blainville-sur-Orne, le modèle FL de 16,7 tonnes (225 chevaux pour 300 kilomètres d’autonomie) et le modèle FE de 27 tonnes (410 chevaux pour 200 kilomètres d’autonomie) seront bientôt rejoints par le FM Electric, le FMX Electric et le FH Electric. La puissance maximale de ces 44 tonnes devrait plafonner à 670 chevaux, pour une autonomie de 380 kilomètres. Le groupe, qui a annoncé en septembre avoir débuté la production de ces nouveaux modèles, se présente comme le leader du marché des poids lourds électriques en Europe avec 42% des immatriculations en 2021.
Farizon Auto, une autre filiale du géant chinois Geely (propriétaire de Volvo depuis 2010), prévoit d'ailleurs elle aussi de s'imposer sur ce segment, grâce à son Homtruck. Les premiers exemplaires de cette espèce de palace sur roues, dont les caractéristiques restent à préciser (un communiqué évoque notamment une conduite autonome de niveau 4), devraient sortir des usines chinoises au cours de l'année 2024.
Iveco s'allie à Nikola
Le groupe Mercedes-Benz, via Daimler Truck, veut lui aussi faire partie des acteurs du secteur. Le constructeur allemand a dévoilé début septembre son tout nouveau modèle de camion électrique, baptisé eActros LongHaul. Ce véhicule de 40 tonnes, qui succède à deux versions eActros antérieures de 16 et 27 tonnes, disposera d'une autonomie de 500 kilomètres et ses batteries pourront être rechargées de 20 à 80% en moins de 30 minutes. Encore en phase de développement, il devrait être produit en série à partir de 2024.
Clairement en retard sur la mobilité électrique par rapport à ses concurrents, le groupe franco-italien Iveco a décidé de s'allier avec la start-up américaine Nikola pour son tout premier modèle de poids lourd à batteries. Fabriqué à Ulm (Allemagne), le Tre est équipé de neuf batteries avec un stockage d'énergie total pouvant aller jusqu'à 738 kWh, ce qui lui offre une autonomie d’environ 500 kilomètres. Ce modèle de 37 tonnes est quant à lui attendu en Europe au deuxième semestre 2023.
Essor de l'hydrogène
Si leurs projets les plus récents ont attiré la lumière, les constructeurs cités précédemment ne sont pas les seuls dans la course. Le suédois Scania et le néerlandais DAF, deux spécialistes des poids lourds, cherchent également à électrifier leur gamme. Le géant Ford a lui aussi annoncé en septembre son intention de s'imposer sur ce marché, convoité par ailleurs par de jeunes pépites, telles que Volta Trucks. Enfin, la plupart des fabricants de camions travaillent en parallèle sur des véhicules alimentés à l'hydrogène. Une piste séduisante au niveau de l'autonomie promise et du temps de charge, beaucoup plus faible, mais dont les réels bénéfices écologiques et énergétiques sont encore sujets à débat pour la mobilité, notamment lourde.



