La crise politique couvait depuis des mois, entraînant une quasi-paralysie du gouvernement sur les questions économiques. Composée de trois partis – sociaux-démocrates (SPD), Verts et Libéraux (FDP) – la coalition au pouvoir à Berlin n’arrivait plus à surmonter ses dissensions sur la relance, alors que le pays devrait être pour la deuxième année consécutive en récession (prévision à -0,2 %).
Tandis que le SPD et les Verts demandaient un budget 2025 axé sur une reprise des investissements publics, le FDP n’entendait pas déroger à la règle du «frein à l'endettement», qui limite les nouveaux emprunts à 0,35% du produit intérieur brut (PIB). Pour combler le déficit, passé à 13,5 milliards d’euros en octobre, les Libéraux exigeaient donc une réduction des dépenses. Jusqu’à arriver au point de rupture.
C’est désormais acté : la coalition Ampel (feux tricolores) n’est plus. Depuis le 6 novembre au soir et le limogeage du ministre libéral des Finances Christian Lindner, le chancelier Olaf Scholz et son gouvernement se retrouvent en minorité au Bundestag, ce qui ouvre la voie à des élections législatives anticipées. Elles pourraient se tenir au plus tard fin mars 2025, au lieu du 28 septembre initialement prévu. En attendant, Jörg Kukies (SPD), proche d’Olaf Scholz et ancien banquier de Goldman Sachs, a été nommé pour remplacer Christian Lindner.
L'industrie demande une autre stratégie économique
De leur côté, les représentants de l’industrie, loin d’être surpris, voient dans cette annonce une conséquence logique, presque un soulagement, tant la crise de confiance avec le gouvernement était profonde. «L'Allemagne a besoin d'un gouvernement capable de relever les défis de manière unie et sérieuse. Le fait que la coalition n’était plus en mesure de le faire était devenu de plus en plus évident ces dernières semaines, engendrant une grande incertitude pour les citoyens et les entreprises. Il est donc juste que les membres de la coalition aient tiré les conséquences de cette situation», a ainsi déclaré Hildegard Müller, présidente de l’Union de l'industrie automobile, secteur qui pèse près de 5% du PIB allemand. Cette dernière traverse de grandes difficultés du fait de la baisse des ventes en Europe et en Chine.
Toutefois, pour Wolfgang Große Entrup, directeur général de l'Association de l'industrie chimique, «la fin de la coalition Ampel survient à un moment mal choisi», entre d’un côté l’élection de Donald Trump qui plonge l’économie allemande et européenne dans une période troublée et de l’autre les négociations non achevées sur le budget de l’État. «Notre industrie a besoin de prix de l'énergie bas, d'un système fiscal compétitif, d'autorisations plus rapides, de moins de bureaucratie et d'une réglementation européenne plus simple et plus efficace, liste Wolfgang Große Entrup. Ces défis ne peuvent être relevés qu'avec des finances publiques stables. Or, en l’état actuel, il ne sera pas possible de rassembler une majorité au Bundestag derrière un projet de budget».
Enrayer la désindustrialisation qui menace
C’est pourquoi les représentants de tous les secteurs industriels sont unanimes sur la tenue de nouvelles élections au plus tôt. «Le futur gouvernement fédéral devra avant tout se concentrer sur le retour de l’économie allemande sur la voie du succès, insiste Siegfried Russwurm, président de la Fédération des industries allemandes (BDI). Les propositions de l’industrie à cet égard sont sur la table». Selon une étude réalisée par le cabinet BCG et l'Institut de l'économie allemande de Cologne (IW) à la demande du patronat, environ 20% de la valeur ajoutée industrielle serait en danger en Allemagne. Pour enrayer la désindustrialisation, les entreprises demandent des mesures rapides pour alléger le prix de l’électricité. Par exemple via une baisse des redevances de réseaux, des aides pour décarboner les process industriels avec l’hydrogène vert et une réduction de la bureaucratie. Seront-elles entendues ?



