Malgré le récent ralentissement des ventes mondiales de véhicules électriques, le lithium continue d'attiser les convoitises des géants miniers. Lors d'une journée consacrée à ses investisseurs, organisée lundi 13 novembre, Eramet a dévoilé la récente acquisition d'un vaste ensemble de concessions minières au Chili, deuxième producteur mondial du minerai.
Ces dernières ont été vendues au géant tricolore par la société chilienne Salares de Atacama Sociedad Contractual Minera, pour 95 millions de dollars (environ 89 millions d'euros). L'industriel, détenu à 27% par l'Etat français, précise qu'un paiement additionnel de 10 millions de dollars est envisagé en fonction de l'issue du projet, qui n'a pour l'instant pas été doté d'objectifs de production chiffrés.
Réparties sur 120 000 hectares situés dans la région d'Atacama, les concessions comprennent jusqu'à sept salars de lithium, dont certains «considérés comme faisant partie des salars non exploités les plus prometteurs» du pays, assure le groupe minier dans un communiqué. La teneur en lithium avoisinerait en effet les 1 150 mg/L au sein du salar La Isla, un taux cinq fois supérieur à celui qu'a commencé à extraire la start-up australienne Vulcan dans les eaux de géothermie profonde de la vallée du Rhin. Cette acquisition stratégique devrait ainsi aider le groupe à «constituer un portefeuille d'opportunités de croissance future».
L'intérêt d'Eramet pour le lithium chilien ne date pas d'hier : cela fait près d'une dizaine d'années que l'entreprise française mène des discussions avec les autorités locales autour d'une éventuelle implantation. Dévoilée en avril 2023, la nouvelle stratégie gouvernementale autour du lithium, qui vise à renforcer le contrôle de l’Etat sud-américain sur cette industrie et à favoriser les partenariats public-privé, semble avoir poussé le groupe à accélérer ses plans. Quelques semaines plus tard seulement, il annonçait en effet l'ouverture d'un premier bureau au Chili.
Jusqu'à 75 000 tonnes par an en Argentine
Dans son communiqué, Eramet évoque l'un de ses principaux atouts dans la course à l'or blanc : l'extraction directe. Développée depuis les années 1990, cette technologie consiste à récupérer directement le lithium des saumures pompées et à relâcher rapidement ces dernières vers les salars, en surface ou en profondeur. Un processus qui permet de réduire le temps d’extraction à une semaine, contre 18 mois pour les procédés recourant à l’évaporation classique, d'améliorer le rendement et de diminuer l'empreinte carbone de l'opération.
Si le groupe envisage d'adopter cette méthode au Chili, c'est en Argentine qu'il a appris à la perfectionner. Là-bas, Eramet développe d'ailleurs son principal projet d'extraction de lithium, baptisé Centenario. L'industriel tricolore et son partenaire chinois Tsingshan ont déjà engagé un investissement de 800 millions de dollars pour mener à bien la première phase, qui prévoit une production annuelle de 24 000 tonnes de carbonate de lithium de qualité batterie, avec un démarrage au deuxième trimestre 2024. A plus long terme, la capacité totale devrait même dépasser les 75 000 tonnes par an.
Le lithium ne représente encore qu'une goutte d'eau dans le chiffre d'affaires d'Eramet. Sur les 5 milliards d'euros générés en 2022, 63% provenaient de sa branche dédiée à l'exploitation du manganèse et 28% de sa branche nickel. Investir massivement dans ce minerai d'avenir semble cependant une opportunité de diversification particulièrement alléchante : selon l'Agence internationale de l'énergie, les besoins mondiaux en lithium devraient être multipliés par 42 entre 2021 et 2040.



