L'Usine Nouvelle. - Pourquoi écrire sur Amazon ?
Alec McGillis. - À l’origine, je ne voulais pas faire un livre sur Amazon. Je voulais écrire sur la hausse des inégalités régionales aux États-Unis, l'écart ne cessant de se creuser entre les villes « winner takes all » et les villes défavorisées. J’ai choisi Amazon comme trame de ce livre pour deux raisons.
L’entreprise est tellement présente dans ce pays, que c’est une bonne métaphore de ce que les États-Unis sont devenus. L’autre raison, c’est qu’elle est, avec les autres géants de la tech, l’une des causes du creusement des inégalités régionales. La croissance de la richesse de certaines cités est liée à la présence des sièges sociaux de ces entreprises.
Mais c’est aussi une formidable success story, comme on les aime aux États-Unis, non ?
Il faut se demander ce que ce succès a apporté au pays. Cela a été assurément une bonne chose pour les actionnaires de l’entreprise, pour Jeff Bezos ou pour les consommateurs qui vivent au milieu de rien et qui avaient du mal à trouver ce dont ils avaient besoin. Mais il y a aussi beaucoup de personnes pour lesquelles ce succès n’a pas été une bonne chose. Je pense à toutes les petites entreprises, aux commerces et libraires qui ont disparu en raison de la domination d’Amazon, mais aussi aux gouvernements locaux qui perçoivent moins de taxes car il y a moins d’activités locales, qui ne sont pas compensées par celles d’Amazon. Je pense aux citoyens qui ont moins de possibilités pour aller faire du shopping parce que les magasins sont fermés, cela a un impact sur la vie des villes.
Quels sont vos principaux griefs à l’encontre d’Amazon ?
Amazon est devenu trop gros et il y a des lois qui ont été appliquées par le passé contre ce genre d’entreprises. Comme d’autres, il a réussi à mettre en place des systèmes pour échapper aux impôts à tous les niveaux, local et fédéral. Cela réduit les revenus pour les services publics. Amazon participe à l’atomisation de la société, laissant les individus seuls, fracturant le collectif.



