"C’est une commande de 200 trains, mais le besoin est plutôt de 500 trains, soit environ 1,8 milliard d’euros", prévient Jérôme Wallut, directeur Alstom Americas à propos de la commande remportée à Chicago la semaine dernière. Du côté de l’autorité organisatrice Metra, on évoquait plutôt 1,5 milliard d’euros. En attendant, la commande ferme - pour 200 voitures - se monte à 650 millions d’euros. Un succès aux Etats-Unis qui confirme la place importante de cette région du monde pour le nouvel Alstom, après l’acquisition de Bombardier. Selon les rapports financiers d’Alstom (2019-2020) et Bombardier (2019), le groupe réalisait l'an dernier un peu moins de 3 milliards d’euros de chiffre d’affaires en Amérique du Nord. Il est présent sur des appels d’offre de trains, trams et métro, mais également sur la signalisation, la rénovation et la maintenance, aussi bien au Canada qu’aux Etats-Unis.
Le TGV de la côte Est opérationnel fin 2021
En 2016, Alstom avait remporté un contrat de 1,8 milliard d’euros pour la réalisation de 28 rames de train à grande vitesse Avelia Liberty, produites dans l’usine historique d’Hornell (Etat de New-York) et une assistance technique. "Deux rames seront livrées fin mai. Lors de la mise en service qui aura lieu en fin d’année, neuf rames rouleront, précise Jérôme Wallut. Nous livrerons deux trains par mois." La ligne à grande vitesse reliera les villes de Boston et Washington, en passant par New-York et Philadelphie, à une vitesse maximale de 257 km/h.
L’arrivée de Joe Biden à la présidence des Etats-Unis relance l’intérêt pour le train et peut-être la grande vitesse. Il existe des projets en Californie et dans l’Etat de Washington. "Il y a beaucoup de besoins, mais les financements restent à confirmer." La nouvelle administration américaine veut aussi développer les transports verts et il existe un énorme potentiel de transformation. Par exemple, peu de lignes sont électrifiées. La grande vitesse n’est pas encore un marché. La concurrence d’Hyperloop ? "Il n’a jamais été un concurrent. Les capacités en nombre de voyageurs ne sont pas comparables."
28 usines en Amérique du Nord
Les deux marchés les plus prometteurs aux Etats-Unis sont les métros et les réseaux suburbains. "Il y a 5000 voitures à deux niveaux à remplacer dans la décennie", souligne Jérôme Wallut.Le groupe français emploie 8000 personnes et possède 28 usines en Amérique du Nord (et deux en Amérique centrale et latine, au Mexique et au Brésil), réparties équitablement entre les deux groupes qui viennent de fusionner. "Elles tournent toutes à plein régime en Amérique du Nord." Le nouvel Alstom est leader sur le continent américain pour la production et la maintenance, "comme partout ailleurs, sauf en Chine", se réjouit le patron d’Alstom Americas. Fin janvier, Alstom a racheté un spécialiste américain de la signalisation ferroviaire, B&C Transit.
CRRC déraille à Boston
Le concurrent principal reste Siemens, malgré plusieurs contrats gagnés par le chinois CRRC. Mais ce dernier est en perte de vitesse. Il a rencontré quelques soucis, notamment ces derniers jours sur le métro de Boston qui a déraillé près de la gare de Wellington. Résultat : la Massachussets Bay Transit Autority a décidé de stopper l’utilisation des nouvelles rames de CRRC sur deux lignes.
Alstom dispose aussi d’un bureau d’études pour répondre aux normes nord-américaines. Il n’est en effet pas possible d’exporter les modèles européens. Il possède aussi un centre d’expertise "industrie 4.0" au Québec.
Le Covid-19 retarde le remplissage du carnet de commandes
La crise du Covid-19 n’a pas annulé les appels d’offre en cours, mais ils ont été décalés. Alstom attend donc peu de nouvelles cette année de ce côté-là. Les projets ouverts concernent notamment le métro de New-York, des trains à Boston et au Mexique.
La production n’a pas trop souffert. "Nos usines se sont arrêtées pendant deux semaines, précise Jérôme Wallut. Mais nous avons repris très rapidement car notre industrie a été considérée comme essentielle. Nous n’avons pas eu de cluster, mais nous avons dû aider nos fournisseurs qui rencontraient des problèmes."
Au Brésil, particulièrement touché par la pandémie, la production a été perturbée. Si le marché dans ce pays et en Amérique du Sud est plutôt atone, l’usine tourne notamment pour produire des métros à destination de Bucarest en Roumanie. Chez Alstom, on reste confiant: "le marché sud-américain doit repartir."



