Les coopératives agricoles sont en passe de dominer le secteur. Elles réalisent désormais 45% du chiffre d’affaires de l’agroalimentaire en France, d’après les données du Haut conseil de la coopération agricole (HCCA) parues en décembre pour l’exercice 2023. Le cap symbolique des 50% pourrait être franchi dans les prochains mois. L’occasion de montrer que l’importance de ces structures dans l’agroalimentaire national ne cesse de croitre : leur chiffre d’affaires ne pesait encore que 40% du marché en 2020.
Des acquisitions et des rapprochements en série
L’inflation des prix des denrées agricoles, dont le négoce constitue une grande part de leur activité, a permis une accélération de ce mouvement haussier. Ce dernier traduit surtout le phénomène de concentration et d’internationalisation des coopératives agricoles nationales. In Vivo a arraché Soufflet fin 2021, doublant sa taille, Agrial a englouti Natura’Pro courant 2023, Sodiaal a repris la branche canadienne de Yoplait à l’américain General Mills fin 2024…
Le nombre de coopératives agricoles françaises est passé de près de 3800 en 1995 à 1550 aujourd’hui. En 2023, 24 d’entre elles réalisent plus d'un milliard d’euros de chiffre d’affaires. Les cinq plus importantes réalisent quasiment un tiers du chiffre d’affaires des 118 milliards d’euros de l’ensemble de la coopération agricole.
Une marge d'Ebitda à 4,42%
Désormais majoritaire sur la scène nationale, le modèle coopératif peut-il se rêver hégémonique, le désengagement de certains grands acteurs privés aidant ? Certaines faiblesses structurelles rendent la bascule vers le «tout coopératif» pour le moins incertaine. Les résultats présentés par le HCCA vont en ce sens. Par exemple, la marge d’Ebitda des "coops" est de 4,42% en 2023 alors que le résultat net ne pèse que 0,96% du chiffre d’affaires… Pour celles qui sévissent dans le secteur des grains, cet indicateur tombe même à 0,14%.

- 1102.98+6.11
Mars 2026
Huile de palme - Malaisie$ USD/tonne
- 472.5+2.86
Mars 2026
Graines de soja - Etats-Unis$ USD/tonne
- 658.25+5.07
Mars 2026
Phosphate diammonique (DAP)$ USD/tonne
«Etudiées sous le prisme financier «classique», les coopératives agricoles sont donc bel et bien peu compétitives et peu rentables à court terme, justifie Dominique Chargé dans son livre Idées reçues sur les coopératives agricoles. Mais ce n’est pas leur objet. (…) Plusieurs rapports soulignent également leur résilience et leur performance sur le long terme».
Recherche valeur à partager
Mais alors qu’elles arguent que le faible rentabilité est aussi le symbole de leur volonté de ne pas pressuriser les agriculteurs, mais plutôt de s’évertuer à refléter les conditions de marchés, certains exemples peuvent mettre à mal ce narratif. En 2022, Sodiaal s’est attiré les foudres de certains producteurs en tardant à répercuter la hausse des cours du lait à sa base. Si elles ne sont pas obnubilées par le court terme comme les grands groupes, les coopératives peuvent elles vraiment dire qu’elles construisent l’avenir en investissant, plus que le privé classique, les sujets de transition ? Leur gouvernance – on y reviendra – n’est-elle pas poussiéreuse ?
Si elle défend sa spécificité, la coopération ne peut s'exonérer d'évoluer dans un environnement qui mesure la performance dans ce qui reste un «prisme financier classique». Ces structures sont d’abord constituées pour offrir de la valeur aux filières, parviennent elles à créer une valeur suffisante, à la redistribuer à ses coopérateurs ? Une question rendue plus pressante par les récentes mobilisations agricoles.
A suivre : épisode 2, les grands chantiers de la coopération agricole



