Airbus Atlantic est en discussion avec l’équipementier Daher en vue de lui racheter deux de ses sites industriels situés en Loire-Atlantique, en l’occurrence à Carquefou, en périphérie de Nantes, et à Malville, à l’ouest de la métropole. Ces deux usines emploient 160 salariés, auxquels s’ajoutent 90 intérimaires. La signature finale doit intervenir à l’issue du processus social prévu au premier semestre 2025.
La répartition de cet effectif entre les deux sites n’est pas précisée, mais tous deux travaillent à l’assemblage manuel (perçage, boulonnage…) de panneaux dit «intrados» et «extrados» en alliage d’aluminium. Ces derniers servent à la fabrication, dans l’usine d’Airbus Atlantique Nantes, des caissons centraux de voilure, structure centrale, clé de voûte de l’aéronef supportant l’essentiel des forces de l’appareil. Nantes réalise les caissons centraux de voilure pour la quasi-totalité de la gamme Airbus. C’est là une activité centrale et historique pour ce site.
Une montée en cadence poussée par la famille A320
«Ces discussions visent à sécuriser les flux de production du caisson central de voilure de la famille A320 dans un contexte de forte montée cadence et à optimiser le schéma industriel pour gagner en efficacité opérationnelle», confirme Airbus Atlantic, La parfaite et durable maîtrise par Airbus Atlantic de la chaîne d’approvisionnement du programme A320 est, à cet égard, absolument clef. Airbus doit porter la cadence de la famille A320 à 75 avions par mois en 2027, contre 55 en moyenne de janvier à septembre cette année.
«Cette décision part du constat partagé par Airbus et Daher que pour surmonter les difficultés de montée en puissance, la solution la plus intelligente était de réintégrer cette activité au sein d’Airbus Nantes», appuie un représentant de la CFE-CGC pour qui la décision relève d’une nécessité d’optimisation et de simplification industrielle. Il y a aussi le fait qu'il est beaucoup plus facile pour Airbus de recruter que pour ses équipementiers, fut-il aussi important que Daher.
Pour le représentant, le métier de l’aérostructure «dégage une très faible rentabilité dont le corollaire est une faible capacité à investir». Au sein d’Airbus, une telle activité «sera noyée dans un modèle économique plus global». Cette réintégration, estime le représentant, est symptomatique de la fragilité de la supply chain, qui demeure confrontée à des trésoreries fragilisées par le remboursement de prêts PGE souscrits pendant la crise Covid. Les sous-traitants peinent à investir, à recruter et former pour suivre les cadences.
Une trésorerie fragile
Déjà, en 2013, l’usine de Malville, qui appartenait alors à une famille d’industriels nantais, avait été placée en redressement judiciaire faute de trésorerie malgré un important carnet de commandes. Daher avait alors pris le relais. Pour la CFE-CGC, la reprise en cours de l’usine de Spirit Aerosystems à Montoir-de-Bretagne (Loire Atlantique) relève un peu de la même logique. Cette unité assemble les quarts de fuselages d’A350 en provenance de Kingston en Caroline du Nord pour fabriquer des tronçons destinés à l’usine d’Airbus Atlantic voisine. Là encore, l’objectif est ambitieux puisqu’il faut passer de 8 à 12 A350 par mois d'ici à 2027.



