Airbus a pulvérisé son record de prises de commandes en 2023... Reste à les honorer !

Avec les contrats finalisés en décembre de la part de Turkish Airlines, Avolon, Cathay, Lufthansa et EasyJet, Airbus atteint en 2023 un plus haut historique en termes de contrats engrangés. Fort d’un carnet de commandes record de plus de 8500 avions, l’industriel va devoir assurer une délicate montée en cadence de production pour ne pas trop faire attendre les compagnies aériennes.

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Airbus Turkish Airlines
Plus de 1700 commandes engrangées en 2023, un carnet de commandes de plus de 8300 appareils... Le succès commercial d'Airbus est incontestable. Mais l'avionneur va devoir livrer en temps et en heure.

N’en déplaise à ceux qui voudraient enterrer l’avion, Airbus n’a jamais engrangé autant de commandes en une année. Grâce aux contrats signés durant la première moitié du mois de décembre, de la part de Turkish Airlines, d’Avolon, de Cathay, de Lufthansa et d'EasyJet, l’avionneur européen pulvérise son record historique datant d’il y a précisément dix ans : en 2013, l’industriel avait accumulé 1619 commandes brutes (hors annulations) et 1503 commandes nettes. Une bonne nouvelle pour le groupe, qui va devoir s’atteler à livrer ses avions comme des petits pains pour ne pas faire trop trépigner les compagnies aériennes…

Dans le détail, Airbus avait engrangé à fin novembre 1512 commandes brutes et 1395 commandes nettes sur l’ensemble de l’année. Le 8 décembre dernier, la compagnie hongkongaise Cathay passait commande pour six A350 version fret. Quatre jours plus tard, Airbus dévoilait celle d’Avolon. A savoir : 100 A321neo, portant à 190 le nombre total de monocouloirs commandés par la société de location dublinoise. Trois jours plus tard, le 15 décembre, le méga contrat de Turkish Airlines enfonçait le clou, avec pas moins de 150 A321 et 70 A350 (50 A350-900, 15 A350-1000 et 5 A350 version fret). Une commande ferme dont l’issue était attendue depuis plusieurs mois.

Un doublé est en outre effectué mardi 19 décembre. Airbus a annoncé ce jour-là coup sur coup une commande de Lufthansa pour 40 A220-300, le plus petit appareil de sa gamme, ainsi qu'un contrat signé avec la compagnie low cost EasyJet pour une commande ferme de 157 A320neo. Au final, Airbus totalise donc à ce stade 1918 commandes nettes, sachant que l’enregistrement comptable des contrats devrait très probablement intervenir en décembre.

Airbus a plus de 8300 commandes à honorer

C’est plus du double du niveau qui avait été atteint en 2022, avec cette année-là 820 commandes nettes. A ne pas oublier pour expliquer cette envolée commerciale : la commande d’Air Indigo en juin dernier de 500 A320neo, qui aura grandement contribué à la performance commerciale de cette année. L’avionneur européen distance largement son rival américain : à fin novembre, Boeing faisait état, pour sa part, de 945 commandes nettes. De quoi hisser le carnet de commandes d’Airbus à un niveau également historique. Alors qu’il s’élevait à 8011 commandes à fin novembre, il atteint désormais les 8534 commandes d’avions. Des chiffres qui peuvent encore légèrement évoluer d’ici au 31 décembre, sans que cela ne puisse contrarier cette performance.

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La besace pleine à ras bord, et ce en dépit des critiques sur l’impact environnemental du transport aérien et de la crise Covid qui a frappé de plein fouet le transport aérien, Airbus est attendu au tournant par les compagnies aériennes. L’industriel va en effet devoir assurer une montée des cadences de production historique, en particulier en ce qui concerne son best-seller, l’A320neo. L’appareil représente à lui seul 7126 commandes restant à honorer, en comptabilisant les contrats passés par Avolon et Turkish Airlines. Ce qui représente près de 12 années de production au rythme actuel des livraisons, soit quelque 50 appareils par mois. Certaines compagnies n’ont d’ailleurs pas hésité à passer commandes par anticipation,vu la longueur de la file d’attente.

Un calendrier industriel ambitieux

Le succès commercial contraint Airbus à adopter un rythme industriel inédit pour faire décoller les cadences actuelles : l’avionneur table sur 75 livraisons d’A320 par mois en 2026, un niveau jamais atteint dans son histoire. Le groupe cherche donc à muscler son outil industriel, avec notamment l’ambition de doubler ses capacités de production de l’A321neo par rapport à 2019. Ce qui passe par une augmentation du nombre de lignes d’assemblage finale : en 2023, Airbus a commencé à en construire de nouvelles à Tianjin (Chine) et à Mobile (Etats-Unis), soit deux lignes dans chacun de ces pays. Cet été, une deuxième ligne a vu le jour à Toulouse, venant en renfort des quatre lignes présentes à Hambourg (Allemagne).

Airbus espère donc pouvoir compter sur un total de 10 lignes d’assemblage final dans le monde d’ici 2026, contre 7 début 2023. Reste que cette montée en cadences ne repose pas que sur ses seules épaules, tant s’en faut. Les nombreuses tensions auxquelles sont confrontés les fournisseurs – pénurie de main d’œuvre, inflation, manque de matières premières… – tendent à freiner l’élan d'Airbus. En mai 2021, le groupe visait 64 appareils par mois au deuxième trimestre, 70 au premier trimestre 2024 et 75 en 2025, contre un pic d’environ 60 en 2019.

Des ambitions revues à la baisse en 2022, avec alors un objectif cible de 65 appareils livrés par mois début 2024 et 75 en 2026. Or Airbus n’a livré au mois d’octobre que 51 A320neo et seulement 48 en novembre, alors même que la fin d’année est traditionnellement marquée par une accélération du rythme de livraisons. L’avionneur va-t-il être en mesure d’atteindre ses objectifs ou sera-t-il contraint, une fois de plus, de décaler son calendrier industriel ? Airbus va tout faire pour embarquer avec lui la chaîne de fournisseurs. Les prochains créneaux de livraisons disponibles pour l’A320 sont désormais en 2030. Des délais d’attente trop importants pourraient finir par jouer en sa défaveur.

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