La crise Covid passée, l’Etat souhaite rester au chevet de la filière aéronautique. Avec deux objectifs : l’aider à tenir les hausses de cadences de production des avionneurs et développer des avions moins polluants. C’est le sens d’une panoplie d’aides annoncées vendredi 15 décembre, à l’issue d’un comité Stratégique de la filière aéronautique et d’une réunion ministérielle du Conseil pour la recherche aéronautique civile (CORAC), qui chapeaute les grands projets d’innovation de la filière mêlant fonds privés et publics.
L’Etat affiche avec cette salve de subventions sa volonté de préserver une filière d’excellence françaises, représentant quelque 250 000 emplois, et demeurant la première contributrice à la balance commerciale du pays. Les deux rendez-vous organisés le même jour ont rassemblé Roland Lescure, le ministre délégué chargé de l’Industrie, Clément Beaune, le ministre délégué chargé des Transports, ainsi que les dirigeants des grands donneurs d’ordre et de certains sous-traitants de la filière. Ils ont abouti à des confirmations d’aides déjà annoncées mais aussi à de nouveaux dispositifs.
La création d'un nouveau fonds de soutien
Principale annonce dans le cadre du comité stratégique de filière : la création du fonds d’investissement Ace Aéro Partenaires 2, destiné à soutenir les PME et les ETI du secteur aéronautique marqué aujourd’hui par une augmentation historique de la production. Une première levée de fonds devrait le doter d’une enveloppe de 400 millions d’euros d’ici la fin du premier trimestre 2024. A terme, il pourrait s’élever à 800 millions d’euros, indique-t-on au cabinet de Roland Lescure, le ministre délégué chargé de l’Industrie. Mettront au pot les quatre grands donneurs d’ordre que sont Airbus, Safran, Dassault et Thales, mais aussi Tikehau ACE Capital, Bpifrance ainsi que le Crédit Agricole.
La recette est donc la même que celle qui avait prévalu en 2020, en pleine crise Covid et alors que la filière mettait un genou à terre : le fonds ACE Aéro Partenaires 1 avait vu le jour pour maintenir à flot les chaînons les plus fragiles de la chaîne de fournisseurs, avec un attelage de financeurs identiques. Au total, ce premier fonds doté de 735 millions d’euros avait permis de mener une dizaine d’opérations, apportant des fonds propres à des entreprises emblématiques telles que Mecachrome et Figeac Aero.

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Des aides pour l'avion ultra sobre
Cette fois-ci, alors que la chaîne de fournisseurs est marquée par de vives tensions (inflation, pénurie de main d’œuvre, rareté des ressources…), l’objectif est de permettre à chaque maillon de répondre aux attentes de la filière. Et en particulier concernant les hausses de cadences de production de l’Airbus A320 : l’avionneur européen mise sur 75 livraisons de monocouloirs par mois en 2026, contre environ 50 aujourd’hui. Au-delà du coup de pouce financier, le comité stratégique a été l’occasion de remettre sur la table les objectifs communs en matière notamment de formations et de cybersécurité.
Deuxième volet de ces subventions : des aides accordées pour favoriser la décarbonation du transport aérien dans le cadre de France 2030, via un soutien aux équipes de recherche. La réunion du Corac a ainsi permis de confirmer les annonces effectuées en juin 2023 par le président de la République, Emmanuel Macron, à l’occasion du salon aéronautique du Bourget. A savoir : une enveloppe annuelle de 300 millions d’euros dès 2024, et ce jusqu’à la fin du quinquennat en 2027 (et non plus 2030 comme annoncé en juin). De quoi contribuer à soutenir les travaux de recherche nécessaires au développement du successeur de l’A320, qui devra être bien plus sobre en énergie, et à celui du futur avion à hydrogène d’Airbus. Parmi les projets phare : le très prometteur moteur non caréné Rise de Safran et de General Electric.
Les start-ups n'ont pas été oubliées
Autre aide confirmée : l’enveloppe de 200 millions d’euros – dans le cadre de France 2030 – destinée au soutien à la production de carburants d’aviation durable (CAD, ou SAF en anglais), qu’ils soient issus de la biomasse ou produits de manière synthétique. Alors qu’un premier appel à projet avait été lancé début 2023, la réunion du Corac en a entériné un second. «Le premier visait à soutenir des démonstrateurs, l’idée est désormais de passer à l’industrialisation et de financer les études de pré-investissement», précise-t-on au sein du ministère des Transports. Un enjeu crucial alors que l’Europe a fixé un calendrier d’incorporation des SAF malgré une production qui reste encore au ras du plancher. Objectif : en produire 500 000 tonnes par an à l'horizon 2030
Enfin, histoire de ne pas soutenir uniquement les grandes entreprises sur le terrain de la décarbonation, les start-up vont elles aussi bénéficier du coup de pouce de l’Etat. Un appel à projet de 65 millions d’euros va être lancé pour soutenir les projets de petits aéronefs bas carbone, tels que les avions électriques, hybrides et à hydrogène. Il fait suite à un précédent appel à projet d’environ 75 millions d’euros sur le même thème dont les neuf lauréats avaient été dévoilés au début du salon aéronautique du Bourget. Ces acteurs, à leur échelle et avec en ligne de mire des engins adaptés au transport régional, ont eux aussi un rôle à jouer dans la transformation du secteur aéronautique.



