Air Liquide a annoncé lundi 24 juin qu’il pourrait investir 850 millions de dollars (environ 792 millions d’euros) pour construire et opérer quatre très grandes unités de séparation de gaz de l’air à Baytown, au Texas. Ces dernières, de type LMA (large modular air separation units), seront destinées à fournir en oxygène et en azote l’immense projet local d’ExxonMobil. A proximité de son complexe intégré de raffinage et de pétrochimie, le groupe américain prévoit de construire la plus grande usine au monde d’hydrogène bas carbone, destinée à décarboner ses productions locales d’hydrocarbures et de matières pétrochimiques, et d’ajouter également une vaste unité d’ammoniac bas carbone. Le calendrier n’est pas encore établi. Lors de la présentation du projet en janvier 2023, ExxonMobil prévoyait un horizon 2027-2028 pour les démarrages. Ce projet, et en conséquence celui aussi d‘Air Liquide, n’est pas encore totalement sécurisé. Au-delà de l’obtention de l’ensemble des autorisations réglementaires, Air Liquide souligne dans son communiqué qu’il faudra aussi bénéficier d’une « politique de soutien des pouvoirs publics » et de « conditions de marché » favorables.
Des volumes d'oxygène d'Air Liquide augmentés de 50% au Texas
Si le projet va à son terme, ces installations représenteront le plus grand investissement industriel de l’histoire d’Air Liquide. Les quatre unités LMA afficheraient d’impressionnantes capacités de 9000 tonnes d'oxygène produites par jour, soit une augmentation de 50% des capacités actuelles du groupe au Texas en oxygène, ainsi que 6500 tonnes d'azote fabriquées quotidiennement. Les volumes d’oxygène serviront à la production d’hydrogène de la future unité d’ExxonMobil, qui emploiera un procédé de reformage auto-thermique (ATR). Ce procédé « utilise du méthane (gaz naturel) qui est converti à haute température avec de la vapeur ainsi qu’avec de l’oxygène, lequel permet de fournir l’énergie nécessaire sans apport complémentaire de chaleur », explique une porte-parole d’Air Liquide. Ce procédé ATR conviendrait en particulier pour les productions d’hydrogène de grande capacité, et permettrait d’y ajouter plus facilement une solution de capture du carbone. D’ailleurs ExxonMobil prévoit de capter puis de stocker, dans d’immenses réservoirs sous terrains au Texas, plus de 98% du CO2 obtenu dans cette future unité d’hydrogène.
Ces volumes d’hydrogène bas carbone devront servir à ExxonMobil pour décarboner ses opérations de raffinage et de productions pétrochimiques à Baytown. Le groupe américain prévoit aussi d’utiliser les canalisations d’hydrogène d’Air Liquide au Texas pour fournir d’autres acteurs industriels du bassin afin de décarboner leurs activités. Une partie de l’hydrogène sera aussi combiné avec les volumes d’azote des futures LMA d’Air Liquide pour produire sur place de l’ammoniac bas carbone, lequel sera destiné aux marchés à l’export.
Des productions d'oxygène à moindre empreinte carbone et des volumes de gaz rares
En amont, les LMA du groupe français afficheront un bilan carbone amélioré. Prévues pour être alimentées en électricité bas carbone et équipées de procédés innovants d’Air Liquide, elles devraient consommer « 25% d’électricité en moins pour chaque tonne d’oxygène produite » et permette de réduire « de deux tiers » l’empreinte carbone de ce type de production d’oxygène, assure le groupe dans son communiqué. En aval, les LMA permettront enfin d’obtenir des volumes d’argon, de krypton et de xénon. Air Liquide prévoit ainsi d’augmenter ses volumes disponibles de gaz rares pour différents clients au Texas ou aux Etats-Unis. Ces volumes de gaz sont conditionnés et acheminés sous forme de cylindres, et non par canalisations. L’ensemble du projet contribuerait ainsi à accroître les activités américaines du groupe de ses deux plus grandes divisions : Grande industrie, pour les grands volumes de gaz industriels, et Industriel marchand, pour les besoins industriels à plus petits volumes.



