Comme tous les textes liés à la transition énergétique de la France, la stratégie française en matière de capture, stockage et utilisation de CO2 (CCUS), dévoilée à l’été 2023, n’est toujours pas officiellement adoptée. Ce qui n’empêche pas les acteurs concernés d’avancer. Le captage et stockage du CO2 industriel est en effet essentiel pour décarboner la plupart des 50 sites les plus émetteurs de France, dont plusieurs se concentrent autour de Dunkerque. Ils pèsent environ 20% des émissions de l’industrie.
Or, si les industriels, à l’instar du sidérurgiste ArcelorMittal avec le démonstrateur DMX et le cimentier Eqiom avec la technologie Cryocap d’Air Liquide, avancent sur le volet captage du CO2, il faut prévoir des infrastructures pour l'acheminer vers un lieu de stockage. Si la piste d’un stockage souterrain en métropole est envisagée par le gouvernement avec un appel à projets lancé fin avril, pour le CO2 de Dunkerque, c’est pour l’instant plutôt du stockage sous la mer du Nord qui est envisagé, notamment en Norvège.
GRTGaz s'associe à Equinor
En octobre 2023, le ministre français de l'Industrie Roland Lescure et le ministre norvégien du Commerce et de l'Industrie Jan Christian Vestre avaient convenu d’un accord pour développer la solution de captage et le stockage du carbone et ont signé un partenariat stratégique en janvier 2024. La suite ne s’est pas fait attendre longtemps. Le 17 juin, le principal gestionnaire du réseau de gaz français GRTgaz et le pétrolier norvégien Equinor, qui a une longue expérience et de grandes ambitions dans le stockage sous-marin de CO2, dévoilaient un partenariat. Leur accord a pour objectif la construction d’un réseau de transport terrestre et offshore de CO2 reliant Dunkerque à des sites de stockage en mer du Nord. GRTgaz développera un réseau de canalisation terrestre de 30 km sur la zone industrielle de Dunkerque pour acheminer le CO2 émis par les industries jusqu'à une station de compression. De là, le CO2 sera transporté à travers une canalisation offshore de grande capacité développée par Equinor jusqu’à des stockages géologiques sous le fond de la mer au large de la Norvège. Les études de faisabilité sont en cours pour un lancement des études d’ingénierie de base dès fin 2024 et une mise en service visée en 2029.
Air liquide avec Dunkerque LNG
Problème : Air Liquide a un projet un peu similaire. Mais au lieu d’évacuer le CO2 par pipe sous-marin vers la mer du Nord, il compte le faire partir par bateau depuis un terminal de liquéfaction proche du terminal méthanier Dunkerque LNG. Le 18 juin, le spécialiste des gaz de l’air annonçait même que son projet D’Artagnan venait de passer une étape majeure en recevant le soutien de la Commission européenne. Ce projet de 400 millions d’euros recevra même une subvention de plus de 160 millions d'euros dans le cadre du programme de financement CEF-E (Connecting Europe Facility for Energy) s'il est réalisé. Concrètement, le projet D’Artagnan vise à réduire de 1,5 million de tonnes les émissions de CO2 captées chaque année au sein à la cimenterie Eqiom de Lumbres (Pas-de-Calais) et chez le producteur de Chaux Lhoist à Réty (Pas-de-Calais).
Air Liquide construira et exploitera la canalisation jusqu’à un nouveau terminal CO2 sur le Port Ouest de Dunkerque. Celui-ci serait construit et exploité par Air Liquide et Dunkerque LNG, qui réceptionnerait et liquéfierait le CO2, en vue de son expédition vers des sites de stockage permanent en mer du Nord. La capacité du terminal pourrait être portée à 4 millions de tonnes de CO2 par an, soit l’équivalent de plus de 5 % des émissions de gaz à effet de serre de l’industrie en France. Le conditionnel reste de mise, car la décision d'investissement du projet «reposera notamment sur la signature de contrats de gestion et de captage de CO2 en tant que service», prévient Air Liquide, dans un communiqué. Or le projet de GRTgaz et Equinor pourrait venir le concurrencer.



