De petits colis, des pavés destinés à un chantier, des fûts de bière, des fournitures de bureau, des sacs de farine, des cartons de collecte de papier à recycler… Une visite dans l’entrepôt d’Urban Logistic Solutions (ULS), sur le port de Strasbourg (Bas-Rhin), donne une idée de l’étendue de son service de distribution, suscité par l’Eurométropole de Strasbourg et lancé début 2021.
«Nous livrons dans le centre-ville tout ce qui pèse entre 5 grammes et 50 kg. En dix-huit mois, 175 000 livraisons ont été réalisées», détaille Thomas Castan, le fondateur et président de la jeune société spécialisée dans la logistique urbaine qui mise sur la combinaison bateau fluvial et vélo électrique.
La solution intégrée d'ULS
«Pour absorber le coût des ruptures de charge, la clé est d’avoir une solution globale, industrielle, intégrée et multiproduits», énonce l’entrepreneur, qui a réinvesti dans ULS les bénéfices de sa précédente entreprise. À l’évidence, ce n’est pas le modèle mis en place à Paris par Ikea, qui recourt à deux prestataires, le premier orchestrant le transport fluvial depuis l’entrepôt de l’enseigne à Gennevilliers (Hauts-de-Seine) jusqu’à Bercy, le second prenant le relais pour la distribution des colis aux particuliers avec des utilitaires électriques spécialement adaptés.
Pour absorber le coût des ruptures de charge, la clé est d’avoir une solution globale, industrielle, intégrée et multiproduits.
— Thomas Castan, fondateur et président d'ULS
Parmi les clients strasbourgeois d’ULS, figurent des commerçants, des chargeurs, mais aussi deux grands acteurs, Geodis et un opérateur français de colis, dont les camions approvisionnent chaque jour l’entrepôt. Chargée par les salariés sur une barge, la marchandise atteint trente minutes plus tard la Grande-Ile, dans le respect des restrictions de livraison et de la zone à faibles émissions (ZFE) assez drastique instaurée à Strasbourg. Quai des Pêcheurs, dans un quartier animé, un châssis à deux roues est emboîté sous les caisses, puis raccroché à un vélo électrique. Les livreurs peuvent tracter jusqu’à 200 kg dans des tournées conçues par algorithme pour se caler sur la fréquence des bateaux.
Une ambition internationale
L’entreprise décline son système dans d’autres métropoles avec certains de ses clients. À Lyon, depuis le début de l’année, une liaison fluviale relie le port Édouard-Herriot au pont Morand, à proximité de l’hôtel de ville. À Paris, finaliste d’un appel à projets, ULS lorgne l’exploitation d’une série de quais de Seine. Et des pourparlers avec les édiles sont en cours. La start-up vise 19 métropoles, dont chacune lui apporterait de 1 à 3 millions d’euros de chiffre d’affaires, ainsi que des capitales européennes.
Avec son modèle intégré, qui doit faciliter l’industrialisation, elle compte bien creuser l’écart avec ses concurrents. Via sa filiale ULS Équipement, elle a acquis au Portugal un chantier d’où sortiront au printemps ses propres barges fluviales. «Elles sont conçues pour transporter des caisses rangées comme sur un porte-conteneurs», explique Thomas Castan, qui fait défiler sur son ordinateur les images 3D des boîtes qu’il a lui-même dessinées. La filiale adapte également sa prochaine flotte de vélos, dotés d’un moteur dans le moyeu pour en accroître la puissance.
ULS aurait-il trouvé la formule magique ? Peut-être. En dépit de son modeste chiffre d’affaires (1,1 million d’euros annoncé en 2022) et de son effectif de 27 salariés, il suscite l’intérêt d’investisseurs de tous profils, fonds et acteurs de la logistique.



