Reportage

A Sarreguemines-Hambach, la renaissance de Smartville sous la houlette d'Ineos

Après l’annonce du départ de la production de la Smart pour la Chine, l’avenir du pôle industriel de Sarreguemines-Hambach (Moselle) semblait incertain. L’arrivée fin 2020 du néo-constructeur britannique Ineos Automotive et de son 4X4 tout-terrain a rebattu les cartes.

Réservé aux abonnés
Ineos Grenadier
Près de 300 personnes sont nécessaires pour produire un Ineos Grenadier, contre seulement 100 personnes pour une Smart.

Le 27 mars 2019, l’information fait l’effet d’une bombe : Smartville, l’usine mosellane qui produit la célèbre citadine allemande deux places, est à vendre. «Nous ne produirons donc plus de Smart dans le berceau historique qu’était Hambach depuis 1998»,lâche dans la presse le patron de la marque, Serge Siebert. La maison-mère, Daimler (désormais Mercedes-Benz Group), veut délocaliser d’ici à 2024 la production en Chine, dans la métropole de Hangzou. Pour les quelque 800 employés de l’usine, qui travaillent 39 heures payées 37 depuis 2015 pour maintenir la compétitivité du site, comme pour autant de salariés des sous-traitants alentour, c’est la douche froide. L’incompréhension même, alors que Mercedes vient d’investir plusieurs centaines de millions d’euros pour moderniser les installations en prévision de la production d’un nouveau modèle électrique. Un acheteur potentiel pourrait-il réellement acquérir le site industriel et maintenir l’emploi, au moins en partie, comme le clame Daimler ? Le doute s’installe.

Prise de vue aérienne du pôle industriel de Sarreguemines-Hambach | Smartville | IneosIneos Automotive
Prise de vue aérienne du pôle industriel de Sarreguemines-Hambach | Smartville | Ineos Prise de vue aérienne du pôle industriel de Sarreguemines-Hambach | Smartville | Ineos

D'ici quelques mois, le site industriel emmené par Ineos devrait accueillir 2 400 employés (directs et indirects). © Ineos Automotive

Quelques années plus tard, force est de constater que le pôle industriel de Sarreguemines-Hambach se porte comme un charme. Et pourrait continuer d’employer de nombreuses personnes si Ineos Automotive, filiale du géant de la chimie britannique du même nom, réussit son pari. Le constructeur britannique créé en 2017 a acquis le site en 2020 pour un montant non dévoilé. Dans le cadre de cet achat, il continue de produire jusqu’en 2024 des Smart Fortwo électriques pour le compte de Daimler. Et a débuté depuis peu la production à grande échelle de son premier modèle, diamétralement opposé à la Smart : le Grenadier, un 4X4 de franchissement haut de 2,05 mètres, large de 1,93 mètre et long jusqu’à 5m10.

Le premier exemplaire est sorti des lignes de production le 17 octobre 2022. Prix affiché : à partir de 72 140 euros, auxquels s'ajoute un malus écologique pouvant monter jusqu’à 50 000 euros. Une pénalité en ligne avec les proportions d'une machine pouvant peser jusqu'à 2,8 tonnes. Et avec son appétit : en cycle combiné, le véhicule consomme entre 10,5 et 12,2 litres aux 100 kilomètres et émet 276 à 319 grammes de CO2 par kilomètre dans sa version diesel. Sa motorisation essence pompe, elle, 14,4 à 14,9 litres aux 100 km et émet 325 à 336 grammes de CO2 par kilomètre.

Une usine ultra-moderne

Dans l’usine, dont certains bâtiments sont quasi-neufs, le rythme de production monte progressivement en cadence. «Nous avons un temps de cycle de 5 minutes», clame-t-on dans les ateliers. De gros investissements ont été nécessaires : environ 1,5 milliard d’euros ont été injectés par Ineos pour adapter l’outil industriel. De nouvelles bâtisses ont fleuri depuis 2019, sous l’impulsion de Mercedes et réaménagées par Ineos : l’atelier de ferrage est automatisé à 100% grâce à des robots Kuka dernière génération sur plus de 40 000 mètres carrés tandis que le nouvel atelier de peinture est partiellement automatisé. Même l’atelier d’assemblage, datant de 1998, dispose d’un intérieur modernisé. «Toutes les dernières technologies sont employées dans ces ateliers», assure-t-on chez Ineos. Et ça se sent.

Ineos GrenadierIneos Automotive
Ineos Grenadier Ineos Grenadier

Plus de 5000 exemplaires de l'Ineos Grenadier ont déjà été produits à Hambach depuis le début de l'année 2023. © Ineos Automotive

En 2023, 15 000 exemplaires de cet imposant véhicule, doté d’un moteur 6 cylindres d’une puissance de 249 chevaux produit par BMW, doivent sortir des lignes, selon les prévisions de Philippe Steyer, directeur d’Ineos Automotive sur le site d’Hambach. Dès 2024, la production de véhicules Ineos doit doubler jusqu’à atteindre 30 000 véhicules. Avec la fin de la production de la Smart, Ineos va pouvoir produire davantage son Grenadier et entamer la production de son second modèle, dévoilé en juillet 2023 : le Quartermaster, version pick-up de son tout-terrain.

Hausse du nombre d’employés

Certes, en termes de volumes, Ineos sera loin du record de 140 000 Smart produites en 2008. En tout état de cause, l’impact sur l’emploi sera positif, assure l'entreprise, qui chiffre les besoins : sur les ateliers de peinture et d’assemblage, quelque 300 personnes sont nécessaires pour produire un Grenadier, contre seulement 100 personnes pour une Smart. Construire ces imposantes voitures thermiques est compliqué et nécessite plus de main d'œuvre. A titre d’exemple, alors que le mariage du châssis avec la carrosserie est parfois entièrement automatisé dans certaines usines, ce n’est pas le cas à Hambach où trois hommes s’affairent sur la ligne de production pour effectuer les huit points de fixation nécessaires. 2 000 employés et sous-traitants sont présents sur le site. D’ici quelques mois, ce nombre doit monter à 2 400.

Pour l’heure, les ventes semblent suivre. Ineos indique que les 15 000 véhicules prévus pour 2023 sont d’ores est déjà vendus. «Force est de constater qu’il y a un marché des véhicules tout-terrain de premier plan, sans compromis», se réjouit Lynn Calder. L’Ecossaise PDG d’Ineos Automotive se félicite des progrès enregistrés par son entreprise «dans un environnement difficile» entre inflation, hausse des prix de l’énergie et envolée des taux d’intérêt. Si le seuil de rentabilité n’est pas pour tout de suite («nous continuons d’investir massivement», rappelle-t-elle), la dirigeante pronostique un excédent brut d'exploitation positif dès cette année. Le constructeur dit essentiellement viser la vente de versions utilitaires de son véhicule aux professionnels : agriculteurs, pompiers, gardes forestiers, mais également vignobles. «Il suffit qu’il y en ait un qui en achète et les autres vont suivre», croit-on savoir au sein de l’entreprise. Reste que pour l’heure, seuls 15% des véhicules d’Ineos sont vendus en tant qu’utilitaire…

Si Ineos investit dans l’électrique, avec un véhicule à batterie envisagé pour 2026 ainsi que des projets autour de l’hydrogène, le constructeur assume de miser sur le thermique et ne s’en cache pas, se posant en acteur pragmatique des solutions de mobilité. «Ce n'est peut-être pas très populaire de dire cela, mais le moteur à combustion interne sera là demain, que ce soit avec du carburant commun ou du carburant durable, assure Lynn Carder. Le thermique fera partie du mix et va rester un gros marché». A partir de 2035, vendre des voitures sur le territoire européen sera interdit. Mais qui a dit qu’on ne pourrait pas les y construire ?

Abonnés
Le baromètre de l’auto
Suivez l’évolution des marchés automobiles français et européen mois après mois grâce à notre tableau de bord.
Nos infographiesOpens in new window
Newsletter La Quotidienne
Nos journalistes sélectionnent pour vous les articles essentiels de votre secteur.
Les webinars
Les services L'Usine Nouvelle
Détectez vos opportunités d’affaires
28 - 3F CENTRE VAL DE LOIRE
Date de réponse 11/05/2026
Trouvez des produits et des fournisseurs