A Pithiviers, le chimiste Orgapharm se tourne vers la pharmacie après son redressement judiciaire

Le chimiste Orgapharm, basé à Pithiviers (Loiret), a été placé en redressement judiciaire. En difficulté après le retrait de son actionnaire américain et la baisse d’activité du marché cosmétique, l’entreprise entend se recentrer sur son activité historique – les principes actifs pharmaceutiques – dans un contexte tendu pour la chimie fine européenne.

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Orgapharm
Le plan de charge d'Orgapharm est à plus de 85%.

Le tribunal de commerce d'Orléans a placé, le 29 avril 2025, Orgapharm (160 salariés, 35 millions d’euros de chiffre d’affaires) ainsi que sa holding Axyntis en redressement judiciaire. Cette décision marque un tournant pour ce fleuron de la chimie fine basé à Pithiviers (Loiret) et spécialisé dans la fabrication de principes actifs, en particulier pour l’industrie pharmaceutique.

 «J’ai dû protéger l’entreprise et prendre mes responsabilités», déclare David Simonnet, président-fondateur du groupe Axyntis, qui a repris en urgence la direction opérationnelle après le retrait de l’investisseur américain Sandton Capital Partners. Entré majoritairement au capital en 2024, ce dernier a suspendu tout financement en avril 2025, invoquant une baisse de performance et des perspectives incertaines pour 2026.

La cosmétique et les génériques en perte de vitesse

La décision du redressement judiciaire intervient dans un contexte conjoncturel très dégradé pour la chimie, avec des chutes brutales d’activité sur le segment cosmétique. Orgapharm a été particulièrement frappé par cette tendance : «Nos clients nous avaient alerté dès 2023 d’une baisse durable de leurs besoins, à laquelle s’est ajoutée la pression croissante de la concurrence asiatique», explique David Simonnet. Le retrait brutal d’un important client cosmétique et le déréférencement d’un médicament générique jugé «non rentable» ont fragilisé l’équilibre économique du site. Résultat : une perte de 12,8 millions d’euros en 2023, sur un chiffre d’affaires en chute de près de 20%.

Mais le dirigeant se veut clair : «Il n’y a pas de problème de sous-activité à Pithiviers. Nous avons actuellement un plan de charge à plus de 85%, avec 10 millions d’euros de commandes à livrer dans les trois mois.» L’usine ne prévoit aucune suppression de poste. Le site a récemment renforcé ses équipes en recrutant un directeur industriel pour piloter un plan d’amélioration de la performance.

Un recentrage sur la pharmacie et un espoir de rebond

Face à l’érosion du marché cosmétique, Orgapharm parie sur un recentrage stratégique sur la pharmacie, son cœur historique. «Depuis 2007, date à laquelle nous avons repris le site à Merck, nous avons développé une véritable plateforme d’innovation sur les principes actifs pharmaceutiques», rappelle David Simonnet. Deux molécules issues de la R&D maison représentent aujourd’hui un quart de l’activité. Des discussions sont en cours avec plusieurs laboratoires européens pour de nouveaux projets, dont certains pourraient entrer en production dès 2026. «Il nous faut deux à trois ans pour maturer ces projets, mais nous savons que nous pourrons compenser les pertes actuelles», affirme le dirigeant, qui insiste sur la «viabilité opérationnelle» à court terme comme condition d’un rebond durable.

Un appel aux partenaires et au soutien industriel

Le redressement judiciaire vise à geler les dettes et restaurer la trésorerie tout en poursuivant l’activité. «Ce n’est pas une sanction, c’est une opportunité de remettre à plat notre stratégie et de mieux aligner nos forces avec nos clients, nos fournisseurs, et nos salariés», martèle David Simonnet. Selon lui, «l’adhésion du corps social est totale, à l’image de l’unanimité du vote du CSE en faveur du redressement». La direction prépare d’ores et déjà la sortie de procédure prévue à l’automne. «Nous documenterons notre performance d’ici à fin juillet 2025. Si nous obtenons l’alignement des clients et fournisseurs, et si des investisseurs industriels nous rejoignent, nous pourrons tourner la page et repartir plus forts», affirme-t-il.

Une vision industrielle fragilisée par la concurrence mondiale

Ce retournement est symptomatique des difficultés structurelles de l’industrie chimique européenne, soumise à des règles environnementales strictes et à une envolée des coûts de l’énergie. «En tant qu’acteur de la chimie pharmaceutique, nos attentes n’ont pas été entendues. Nous faisons face à une concurrence déloyale venue d’Asie, qui ne respecte ni les règles RSE ni les standards de qualité européens», dénonce David Simonnet qui déplore qu’un de ses clients ait dû arrêter la production d’un générique. Le prix de vente imposé en Europe ne couvrait plus les coûts. Si l’avenir d’Orgapharm reste suspendu à la validation de son plan de redressement, ses fondamentaux industriels – expertise, savoir-faire, et carnet de commandes solide – jouent en sa faveur. L’enjeu est désormais de convaincre de nouveaux partenaires de l’accompagner dans cette phase. «La chimie fine pharmaceutique est stratégique pour notre indépendance sanitaire. Orgapharm a les compétences, les projets, et les hommes pour relever le défi. Il nous faut maintenant les moyens», conclut-il.

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