Est-il encore utile de rappeler que l’industrie textile s’inscrit parmi les plus polluantes avec ses tonnes de CO2 dégagés, le transport des matières premières ou des produits finis autour du globe mais aussi ses milliards de litres d’eau nécessaires à la culture du coton ? «En France, chaque année, 400 000 tonnes de vêtements finissent à la poubelle et 15% n’ont jamais été portés» complète Simon Peyronnaud, co-fondateur de la start-up Losanje, basée à Nevers (Nièvre). Avec son associé Mathieu Khouri, ils ont voulu réutiliser cette matière première peu exploitée pour réduire de 95% les émissions de CO2 d’un vêtement et diviser par 10 000 la quantité d’eau nécessaire à sa fabrication.
«L’upcycling récupère et réutilise tout quand le recyclage est soumis à des contraintes techniques comme le mélange des matières ou des éléments comme les fermetures éclair ou les boutons» détaille Mathieu Khouri. Si Losanje n’a pas inventé le principe, elle a réussi à faire passer la démarche du statut artisanal à industriel. «Le défi consistait à sortir du modèle de pièce unique pour créer une collection avec des tailles et des couleurs différentes.» Les fondateurs ont identifié la phase de découpe, chronophage, comme un frein à ce développement. «Quand le textile arrive en rouleau, l’automatisation de la coupe est facile, mais à partir de vêtements, l’étape n’est pas viable financièrement si elle se fait de façon manuelle.»
Automatiser l’upcycling
Grâce à une levée de fonds de 2,7 millions d’euros réalisée en 2023, ils ont installé la première ligne automatisée et robotisée de coupe de produits finis textiles. Quel que soit le vêtement ou le textile en entrée, la machine le découpe pour qu’il soit ensuite assemblé à nouveau par des machines à coudre industrielle. «Nous concilions écologie et économie tout en offrant une solution de valorisation dans le cadre de la loi Agec tout en faisant gagner de la valeur au produit initial.»
Les tissus découpés peuvent devenir de nouveaux vêtements, mais aussi des goodies ou des cadeaux à l’image du partenariat passé avec La Poste. L’opérateur a ainsi confié cinq tonnes de gilets de son personnel de chargé de clientèle que Losanje a transformé en 35 000 trousses offertes à chacun d’eux. Opérationnelle depuis le début d’année 2024, la ligne pilote s’adresse aussi bien aux marques, distributeurs ou grand compte avec un gisement d’invendus pour qu’il soit transformé qu’à toutes entreprises désireuses de créer un accessoire upcyclé en grande quantité. Dans ce cas, la start-up se charge de sourcer la matière première. «Depuis nos débuts fin 2022, nous avons revalorisé 35 tonnes de textiles, vêtements, rideaux, nappes… Grâce à la ligne, notre objectif est d’atteindre 1 000 tonnes d’ici fin 2027.» A moyen terme, Losanje n’exclut pas de travailler avec les centres de tri et les éco-organismes fashion pour récupérer également les textiles des particuliers.



