A Marseille, des truites et une station connectée pour préserver la qualité de l’eau

La Société des eaux de Marseille a équipé le bassin Saint-Christophe, un réservoir vieux de 142 ans, du dispositif TruitoSEM pour détecter une pollution soudaine. Des ondes ultrasoniques sont envoyées sur des truites placées dans un aquarium, leurs mouvements agissent comme un indicateur de la qualité de l’eau.

Réservé aux abonnés
Société des eaux de Marseille - Bassin Saint-Christophe
Le bassin Saint-Christophe est exploité depuis 142 ans pour sécuriser l’alimentation de Marseille en eau potable.

D’une superficie de 20 hectares et d’une capacité de 2 millions de mètres cubes, le bassin Saint-Christophe situé à Rognes et à La Roque-d’Anthéron (Bouches-du-Rhône) stocke et traite l’eau puisée dans la Durance. Il la laisse ensuite s’écouler par gravité, via le canal de Marseille, vers les stations de potabilisation puis les robinets des foyers marseillais et de 35 communes environnantes. L’ouvrage assume sa mission depuis 142 ans et est entretenu par la Société des eaux de Marseille (Veolia Eau) qui le débarrasse de ses dépôts de limons tous les deux ans (prochain chantier mi-novembre 2025).

«Quand l’eau repart d’ici, 24 à 48 heures après son entrée dans le bassin, elle n’est pas potable, mais elle a subi un traitement primaire qui lui donne une qualité constante d’eau brute pour l’usine», explique Dimitri Migraine, chef du service adduction de la SEM. Si aujourd’hui, toutes les données remontent vers le centre de télégestion de la société à Marseille, un dispositif qu’elle a imaginé et breveté fournit un appui précieux à cette surveillance et des poissons en ont la charge !

Un système inspiré du sonar

TruitoSEM, commercialisé désormais sous le nom de Truitel par Cifec, fabricant de matériels d’analyse de l’eau et de traitement à Neuilly-sur-Seine (Hauts-de-Seine), mobilise dans un petit aquarium équipé de capteurs une quinzaine de truitelles. Ce détecteur biologique de pollution hydrique fonctionne 24h sur 24 et a été déployé à titre pionnier sur une dizaine de «nœuds névralgiques» des 80 kilomètres du canal de Marseille avant d’être généralisé ailleurs. Le système s’inspire du sonar.

Toutes les secondes, des ondes ultrasoniques sont envoyées dans la chambre de surveillance où nagent les poissons, alimentée en continu par l’eau brute. Leur mouvement génère un écho, reflet de leur plus ou moins grande agitation. Un boîtier électronique capte et transmet la donnée.

Société des eaux de Marseille - Dispositif complet TruitoSEMJC Barla
Société des eaux de Marseille - Dispositif complet TruitoSEM Société des eaux de Marseille - Dispositif complet TruitoSEM

Le dispositif TruitoSEM se compose d’une machine connectée avec une chambre de surveillance où nage une quinzaine de truitelles et un aquarium plus grand avec les poissons qui leur succèderont au bout d’un mois. ©JC Barla

Titulaires et réservistes biologiques

«TruitoSEM fait office de station d’alerte sur 30 à 40paramètres physico-chimiques, expose Emmanuel Guiol, directeur adjoint de l’exploitation. Le mouvement des poissons agit comme un indicateur de la qualité de l’eau, car ils sont très sensibles aux pollutions. S’ils meurent, c’est que l’eau subit une contamination brutale. Immédiatement, nous arrêtons les vannes et nous procédons à des analyses en laboratoires. C’est une solution complémentaire à nos prélèvements quotidiens.» La pollution peut être due à un ruissellement de polluants de voiries ou de ponts après un orage, à un accident de la route avec déversement d’hydrocarbures ou à un changement soudain de la température de l’eau à la hausse ou à la baisse, par exemple 4 degrés en 5 minutes. Des phénomènes rares. Un autre aquarium plus vaste abrite «l’équipe réserve».

«Nous achetons ces espèces par centaines. Chaque mois, les poissons du TruitoSEM sont renvoyés dans le bassin Saint-Christophe pour les remplacer par d’autres. La sensibilité du capteur est réglée pour ne pas générer de fausses alertes. Sur le centre de production d’eau potable de Sainte-Marthe à Marseille, une caméra scrute le mouvement des poissons en permanence dans un souci de levée de doute avant intervention d’un agent» poursuit Emmanuel Guiol. Le dispositif est compatible pour le suivi d’eaux de rivière ou d’eaux usées traitées en sortie de station d’épuration. Pour Sandrine Motte, directrice générale de la SEM, «tous les dispositifs que nous intégrons visent à améliorer nos conditions opérationnelles afin de mieux piloter nos installations, réduire la pénibilité des interventions de nos agents… Quand on a la responsabilité de l’approvisionnement de l’eau, on doit s’entraîner toujours à la moindre crise et s’organiser pour réagir vite à tout dysfonctionnement».

Newsletter La Quotidienne
Nos journalistes sélectionnent pour vous les articles essentiels de votre secteur.
Les webinars
Les services L'Usine Nouvelle
Détectez vos opportunités d’affaires
Trouvez des produits et des fournisseurs