Au milieu des interminables champs de betterave de la Beauce, une cheminée crachant de la fumée blanche se détache : impossible de rater la sucrerie de Pithiviers (Loiret), visible à des kilomètres à la ronde. En cette mi-octobre, le site du groupe coopératif Cristal Union tourne à plein : pour se prémunir de possibles coupures de gaz cet hiver, la saison a démarré avec une grosse semaine d’avance, début septembre. Le but : s’assurer que l’usine, qui ne tourne que quelques mois dans l’année, aura bien achevé sa production annuelle fin décembre, au cœur de l’hiver.
Premier fournisseur de sucre pour l’industrie agroalimentaire nationale, mais aussi propriétaire notamment de la marque Daddy, Cristal Union indique avoir réalisé 1,7 milliard d’euros de chiffre d’affaires en 2021. Le site de Pithiviers, avec 135 000 tonnes de sucre produites en quatre mois, et presque autant de pulpes de betteraves, résidu de la transformation en sucre, y contribue.
Une ligne arrêtée à Engenville
Si le groupe dans son ensemble assure être en phase avec l’objectif gouvernemental de baisse de 10% de sa consommation d’énergie pour l’hiver, Pithiviers est plutôt épargné par ces mesures de sobriété forcée. A quelques kilomètres de là, la cure d'austérité est plus forte pour l’usine de Sidésup (à Engenville), autre propriété de Cristal Union. Sa ligne de production dédiée à la déshydratation des pulpes de betteraves, qui sont après utilisées comme pellets, a été arrêtée en raison des prix du gaz : subsistent seulement les deux autres lignes qui tournent elles grâce à des chaudières à biomasse. Ce qui n’est pas forcément une mauvaise nouvelle dans l’absolu : les pulpes de betteraves, même sans passer par l’étape séchage, trouvent de bons débouchés. «La méthanisation arrive à point nommé», confirme d’ailleurs Bruno Labilloy, directeur agricole chez Cristal Union. La répartition se fera avec les élevages, autre débouché traditionnel des pulpes.
Sur le site de Pithiviers la consommation d'énergie a reculé de 8% en dix ans, 15% pour les émissions de CO2 – le tout en augmentant de 12,5% les volumes produits. Les grosses économies sont ailleurs. L’usine est désormais quasi autonome en eau : la betterave en est très largement composée, l’eau en est extraite pour être réutilisée dans le processus de transformation du sucre. Et pas seulement, puisqu'une bonne partie de l’eau va aussi alimenter de grandes bassines de stockage dans la région destinées à l’irrigation.
Gros consommateur de gaz
La vapeur est aussi revalorisée sur le site. Capturée à différentes étapes d’un processus gourmand en chaleur, elle est réinjectée dans le site via deux alternateurs, 6000 MWh de puissance cumulée, de quoi couvrir 80% des besoins d’électricité de la sucrerie. Là aussi, l’autonomie est visée à court terme. Pourquoi alors ne viser la neutralité carbone qu’en 2050 ? Il ne faudrait pas oublier les deux grosses chaudières à gaz cinquantenaires. Pendant ses quelques mois d’activité, le site consomme entre 150 et 180 000 MWh de gaz, soit autant qu'environ 70 000 Français sur un an. «On planche sur une hypothèse de méthanisation en local ou sinon pourrait brûler la pulpe directement, explique Frédéric Laborey, le directeur de l’usine. L’échéance de 2050 ne bougera pas. «On reste dans une industrie lourde, c'est tout proche pour nous, justifie Bruno Labilloy. Nos équipements sont complexes, il ne faut pas se tromper sur des investissements qui nous lient pendant 30 ans.»



