Les amidonniers français, de gros consommateurs de gaz à l’épreuve des factures

En marge de son assemblée générale le 29 septembre, l’Usipa, qui regroupe les principaux amidonniers français, a tiré l’alarme sur l’augmentation des coûts de production, portée notamment par l’envolée des factures d’énergie. La filière consomme à elle seule 20% du gaz utilisé par l’ensemble de l’agroalimentaire français.

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Le géant de l’agroalimentaire Cargill vient d’annoncer l’arrêt de l’extraction d’amidon de maïs sur son site d’Haubourdin.
Unité de transformation de l'amidonnier Cargill à Haubourdin.

Une usine à gaz. Au tour de l’Usipa, qui représente la filière des amidonniers français et ses dix sites de transformation sur le territoire, de monter au créneau. Le syndicat a alerté en marge de son assemblée générale le 29 septembre sur l’envolée des factures d’énergie de ses membres, les groupes Tereos, Cargill, ADM et Roquette. L’amidonnerie est une activité particulièrement gourmande : la filière annonce consommer à elle seule 20% du gaz utilisé par l’industrie agroalimentaire française.

La part du gaz dans le coût de production a plus que doublé sur un an, de 10 à 15% selon les sites l’an passé, à 25 à 30% désormais, d’après le syndicat. Au total, le coût des matières premières nécessaires à la transformation a grimpé de 20 points de pourcentage sur un an. Les amidonniers sont aussi confrontés à l’envolée des cours du blé français, qui compte pour plus de la moitié de leurs achats de matières premières agricoles.

«Pas de solution à court-terme»

«Pour le gaz, s’il n’y a pas de solution à court-terme, nous avons des remèdes, a listé Claude Risac, le président de l'Usipa lors d’une conférence de presse le 29 septembre. On espère notamment pour obtenir les aides dédiées aux énergo-intensifs. Et, même si ce n’est pas encore à l’ordre du jour, on demande à l’administration d’être à l’écoute afin d’avoir une période transitoire ou l’on pourra retourner sur des énergies fossiles alternatives au gaz.»

Il faudra aussi répercuter ces surcoûts de production aux clients. Un écho aux déclarations, la veille, de Jean-Philippe André, le président de l’Ania, l’Association nationale des industries alimentaires. Ce dernier a rappelé que l’inflation dans les rayons français était plus faible que chez tous nos voisins, malgré des surcoûts analogues. «Ce tsunami des coûts» est en grande partie porté par les industriels. L’Ania a annoncé qu’entre 2019 et le premier trimestre 2022, les marges de l'ensemble de ses adhérents avaient reculé de 14%.

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Les amidonniers semblent toutefois mieux armés que le reste de l’industrie. Ils sortent d’une belle année, avec un chiffre d’affaires en progression de près de 10% pour culminer à 3,2 milliards d’euros. Surtout, ils participent de l’élaboration de produits à plus forte valeur ajoutée, comme des médicaments : leurs marges sont moins contraintes. 

La sobriété remisée ?

L’Usipa met plus l’accent sur le risque de perte de compétitivité. Les amidonniers français sont les numéros 1 de la catégorie en Europe, avec près de 30% de la production continentale assurée. Surtout, cette production est dédiée aux trois quarts à l’export : tous les concurrents ne subissent pas ces surcoûts, notamment aux Etats-Unis, ce qui pourrait coûter des parts de marché aux acteurs tricolores.

«Nous avons un plan d’investissement prévu dans le cadre de notre stratégie décarbonation : si notre compétitivité s’érode, nous n’aurons plus les moyens de le continuer», a par ailleurs déclaré Mariane Flamary, la déléguée générale du syndicat. A l’été, la filière s’était fixé pour objectif de réduire de 35% sa consommation de gaz d’ici à la fin de la décennie. Les industriels aussi oscillent entre fin du monde et fin du mois. 

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