Comment les industriels de l'agroalimentaire se préparent au risque de pénurie de gaz

Les industriels de l'agroalimentaire s'inquiètent des conséquences de possibles coupures de gaz sur leur chaîne de production. Les investissements pour limiter la dépendance au gaz restent toutefois limités à ce stade.

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Ligne de briques, Laiterie Saint-Père
Le gaz est notamment très utilisé dans le processus de pasteurisation.

La carotte et le bâton. Le risque de coupures de gaz cet hiver, évoqué notamment par le gouvernement pour pousser les entreprises à se mettre en phase avec son objectif de réduction de 10% de la consommation d’énergie, fait grincer des dents chez les industriels de l’agroalimentaire. Si elles ne devraient pas être les premières concernées en cas de coupure, les entreprises du secteur veulent s’assurer qu'elles figureront dans la liste des exceptions, au même titre que des services publics essentiels comme les hôpitaux.

«Tous les industriels concernés vous diront que le gaz est essentiel à leur activité. Mais nous avons une spécificité dans l’agroalimentaire: nous travaillons avec une matière vivante, qui a besoin d’un traitement thermique pour assurer sa conservation», justifie Christophe Piednoël, le directeur de la communication de Lactalis. Or, les activités de transformation du groupe français sont très demandeuses en gaz.

Un recours au gaz à plusieurs étapes de la production

Pour les produits laitiers, le gaz peut servir aussi bien à la pasteurisation qu’au maintien au frais des aliments. Exemple aussi du côté des industriels boulangers: « La majorité de nos fours tournent au gaz, explique Didier Boudy, le président de la FEB, la Fédération des entreprises de boulangerie. S’il n’y a plus de gaz, il n’y a pas de pain.» Pour ces produits, la transformation et l’arrivée en rayon sont on ne peut plus proches. L’impact sur le consommateur est immédiat, se traduisant par des ruptures de stock dans les rayons. 

Les conséquences ne s'arrêtent pas là: il est difficile d’arrêter la machine. «Il est impossible de couper le lundi et de remettre la chaîne de production en route le mercredi. Cela suppose des opérations de nettoyage conséquentes», poursuit Christophe Piednoël. Un problème qui affecterait par ricochet les producteurs. Ne plus transformer le lait, c’est refuser de le prendre à ces derniers. Même cas de figure pour la viande: le gaz est notamment utilisé dans certains abattoirs pour étourdir les bêtes. «On abat 450 000 porcs chaque semaine, confie Thierry Meyer, le président de l’interprofession Inaporc. Si l'on bloque un maillon de la chaîne de transformation, il y aura un problème de logement des bêtes.» Autre problématique, commune à tous les professionnels: «Dans une usine alimentaire, le nettoyage est crucial. Pour cela, il nous faut de l’eau chaude. Elle est bien souvent obtenue grâce à des chaudières qui tournent au gaz», remarque Didier Boudy.

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Vers un renouvellement des équipements?

Eviter à tout prix les coupures n'empêche pas de chercher des parades. D'autant que des usines tournent déjà au ralenti, en raison de l’inflation des prix de l’énergie, que les industriels n’arrivent pas à remonter à leurs clients. La campagne betteravière a aussi commencé dès le 8 septembre, une semaine plus tôt que d’habitude. L'objectif est que les sucreries, qui transforment le produit, puissent traiter plus de volumes avant les jours froids – la campagne s'achevant traditionnellement fin décembre.

«Le cheminement de la betterave est long dans l’usine. Une fois cette dernière saturée, il faut plusieurs jours pour l’arrêter», explique Gaëlle Toussaint, directrice de la communication du sucrier Tereos, le numéro deux mondial du secteur. Un mécanisme de surprime a été instauré pour pousser les agriculteurs à récolter la matière première plus tôt. Pour s'adapter, Lactalis va de son côté s’appuyer sur des chaudières biomasse, en cours de mise en service, et sur de l’énergie solaire. Il sera aussi possible de rebasculer des chaudières à gaz sur du fioul. L’ensemble des acteurs présentent d’ailleurs des plans d’économie d’énergie.

Mais l'idée de remplacer certains équipements ne se concrétisera pas forcément demain. «La crise est de nature à nous faire accélérer sur la biomasse et le salaire, explique Christophe Piednoël. Mais le contexte reste très incertain. Qui sait si la guerre en Ukraine va s’arrêter dans les prochains mois, et le gaz revenir à un niveau acceptable? Il faut trois ans d’études et d’autorisations pour remplacer un équipement au gaz. C'est un choix difficile et un investissement lourd.» Les interrogations sont grandes également du côté de l'interprofession porcine.«Les investissements nécessitent des moyens que n’offrent pas la conjoncture, estime Thierry Meyer. Il n’y aura pas de révolution. On se dirige plus vers des mesures de réduction de la consommation que vers un changement profond des processus et un remplacement des machines.»

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